Parvenir à la croissance malgré un contexte difficile et diriger des équipes de haut niveau

Rapport des assemblées des investisseurs des Swisscanto Fondations de placement

La 48e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement et la 15e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement Avant ont eu lieu à Lucerne sous l’imposant toit du centre de conférences KKL, qui offre une superbe vue sur le lac et la ville. Ces assemblées ont offert aux participants de passionnants exposés techniques ainsi qu’un coup d’œil dans les coulisses du football de haut niveau, qui présente d’étonnants parallèles avec le monde de l’économie.

Davide Pezzetta, Président du conseil de fondation, salue les invités au KKL de Lucerne.

Les photos de ces manifestations figurent ici.

Davide Pezzetta, Président du conseil de fondation, a accueilli les invités, puis passé la parole à Leo Grüter, membre de la Direction de la Banque cantonale de Lucerne (Luzerner Kantonalbank), qui a fait découvrir aux participants le canton de Lucerne loin des clichés touristiques. " Un centre économique marqué par un grand nombre de PME en parfaite santé. " M. Grüter, natif de Willisau, a également expliqué, au grand amusement des participants, la bonne technique pour déguster les célèbres biscuits en anneau de Willisau : " Il ne faut pas que cela crisse sous les dents. "

Leo Grüter, membre de la Direction de la Luzerner Kantonalbank, explique, à l’amusement général des participants, l’art et la manière de déguster les célèbres biscuits " Willisauer Ringli ".

Sonja Spichtig, Directrice de Swisscanto Fondations de placement, a présenté un rapport sur l’exercice marqué par la pandémie de coronavirus et au cours duquel les marchés financiers ont connu une évolution nettement plus dynamique que l’économie réelle. Au 30 juin 2021, les Swisscanto Fondations de placement géraient une fortune de CHF 19,6 milliards qui a donc à nouveau progressé malgré un contexte difficile.

Tous les points à l’ordre du jour des assemblées des investisseurs ont été adoptés quasiment à l’unanimité. Les trois membres sortants du conseil de fondation, Davide Pezzetta, Stephanino Isele et Thomas Keller, ont été réélus pour un nouveau mandat de quatre ans, tout comme l’organe de révision KPMG. Ces décisions ont été suivies par les traditionnelles perspectives du marché, exposées par Stefano Zoffoli, stratège en placements et responsable Multi-Asset Portfolio de Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank.

" Every spread you’ll take, I’ll be watching you ! " C’est avec cette citation légèrement modifiée d’une célèbre chanson pop que M. Zoffoli a résumé avec pertinence ce qui caractérise actuellement le travail sur le marché des placements : " Il faut tout passer au peigne fin pour trouver du rendement. " Le point culminant de la reprise économique est atteint, selon lui, et il faut escompter un ralentissement de la conjoncture. M. Zoffoli a notamment montré que le marché du travail aux États-Unis comptait encore 150 millions de travailleurs avant la COVID et qu’il n’en est plus qu’à 140 millions. " Il faudrait une croissance de 1 million par mois pour retrouver en un an à peu près la situation d’avant la pandémie – voilà un objectif extrêmement ambitieux. " Alors que les optimistes s’attendent à une vague de reprise, justifiée en partie par les investissements dans les infrastructures et en partie par les mesures en faveur de la protection du climat, les réalistes font valoir le recul de la mondialisation et la position de la Chine, qui a perdu son statut de locomotive de la conjoncture. " Nous continuerons à avancer comme des escargots ", redoute M. Zoffoli, " mais tout de même avec une croissance modérée. " L’inflation inquiète surtout dans les pays anglo-saxons et dans la zone euro, mais pratiquement pas en Suisse ni au Japon. D’ailleurs, le Japon se révèle une fois de plus le " roc dans la tempête d’es emprunts d’Etat, car les choses y évoluent peu de façon générale, tant à la hausse qu’à la baisse. " En revanche, M. Zoffoli se montre plus prudent envers la Chine ainsi que les marchés émergents. Sa recommandation : " Pour les emprunts d’Etat, acheter des produits protégés contre l’inflation et privilégier les échéances longues ", car il faut s’attendre à ce que la politique monétaire généreuse soit peu à peu supprimée dans les pays anglo-saxons. Cela aura des incidences négatives à court terme, mais positives à long terme. Son équipe et lui sont généralement positionnés " de manière défensive jusqu’à la fin de l’année. "

Stefano Zoffoli, stratège en placements et responsable Multi-Asset Portfolio de Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank livre des aperçus personnels dans son exposé consacré aux perspectives du marché.

" Comment diriger des équipes ultra performantes ? " Pour répondre à cette question, M. Bernhard Heusler, ancien avocat d’affaires, président d’honneur du FC Bâle et depuis 2018 associé de l’agence de conseils HEUSLER WERTHMÜLLER HEITZ, Bâle, a mené les participants dans les coulisses du football de haut niveau lors de la deuxième partie de la manifestation. Il a mis au jour des parallèles aussi impressionnants que divertissants avec le monde de l’économie : " Le monde du football en tant que partie du secteur mondial du divertissement ne fait guère de sentiments, a-t-il déclaré. " En fin de compte, là aussi, le but est de tirer le maximum des ressources disponibles. " Des vidéos et des photos saisissantes ont accompagné les 10 enseignements de M. Heusler, placés sous le slogan : " Pour mener des gens, il ne s’agit pas d’être le meilleur. Il faut essayer de devenir meilleurs ensemble. "

" Ce que nous aimons dans le football, c’est son côté imprévisible et incontrôlable, alors que c’est ce que nous détestons dans l’entreprise ", a déclaré M. Heusler en résumant l’ambivalence découlant de la combinaison entre le jeu et l’obligation de gagner. Comment diriger des équipes dans un environnement où " l’hystérie est la norme " ? M. Heusler ne croit pas à des théories de direction uniformes et valables dans tous les cas de figure. La direction n’est d’ailleurs ni un privilège, ni un mérite, mais " une tâche personnelle quotidienne et un défi ". " C’est le prix du rôle que l’on a choisi de jouer. " Ce rôle s’accompagne cependant aussi de la nécessité de supporter ceux qui n’assument aucune responsabilité. Souvent, ceux-ci se complaisent dans le rôle de " spécialistes de leur domaine  ", qui observent, jugent et condamnent tout sans quitter leur position confortable. C’est justement à ces " héros de la troisième mi-temps " que M. Heusler aurait parfois voulu échapper, a-t-il avoué, avant d’ajouter : " Ceux qui ont du pouvoir ont automatiquement une obligation de rendre des comptes et finissent par être récompensés précisément pour cela. "

Bernhard Heusler, ancien avocat d’affaires, président d’honneur du FC Bâle et depuis 2018 associé de l’agence de conseils HEUSLER WERTHMÜLLER HEITZ à Bâle, fait entrer les invités dans les coulisses du football de haut niveau.

Sa force, souvent critiquée, a été sa volonté de dialoguer, a expliqué M. Heusler. " Mais se confronter activement à des gens qui pensent différemment ne signifie pas nécessairement changer de camp. Le dialogue permet de saisir des chances, par exemple d’anticiper, voire d’empêcher des événements individuels susceptibles de générer de fortes atteintes à l’image. " Ce qui marche dans un environnement de haut niveau, a déclaré avec conviction l’ancien président de club, ce n’est pas la carotte et le bâton – administrés depuis un hélicoptère –, mais la proximité et la continuité. " La confiance fondamentale dans l’équipe est la base de l’optimisation individuelle et collective des performances. " Pour cela, il ne suffit pas de fixer en début d’année la date du repas de Noël et ensuite de disparaître. Il vaut mieux se réjouir ensemble de chaque but, par exemple autour d’une bière bien méritée. Il est juste que les joueurs sur le terrain célèbrent avec décontraction le premier but marqué à la cinquième minute alors même qu’ils ignorent comment le match va se terminer. En effet : " Quel est en réalité le sens du football ? Des titres, des succès, de l’argent ? " a demandé M. Heusler à la cantonade, avant de répondre lui-même : " Le plaisir ! "

Visiblement gagné par cet enthousiasme et cette inspiration, le public s’est ensuite rendu au déjeuner pour saisir cette occasion " d’échanger enfin à nouveau en personne ", comme l’avait déjà relevé Sonja Spichtig avec plaisir au début de la manifestation.

Les photos de ces manifestations figurent ici.

Un travail de longue haleine et une communauté familiale efficace marquent cet établissement traditionnel qui fêtera bientôt ses 200 ans d’existence

Lucas Locher, représentant de la sixième génération, a cédé l’an dernier la direction de l’entreprise familiale Leder Locher AG. Aujourd’hui, il se concentre sur sa fonction de responsable de la caisse de pension. Son entretien avec Sonja Spichtig évoque les périodes troublées qu’a traversées cette entreprise de tradition implantée au Münsterhof de Zurich, et qui, depuis près de deux siècles, séduit les voyageurs exigeants en leur proposant des accessoires de grande qualité.

Monsieur Locher, qu’est-ce que cela veut dire d’appartenir à une famille d’entrepreneurs dont le magasin est, à Zurich, le symbole même des accessoires élégants ?

En tout cas, cela ne signifie pas être né avec une cuillère d’argent dans la bouche ! J’ai commencé par faire un apprentissage de serrurier-constructeur, mais avant même qu’il ne soit fini, je passais déjà le week-end à travailler dans la restauration pour gagner de l’argent. Cela m’a permis de financer mes voyages en Equateur où je rendais visite à une jeune femme qui avait conquis mon cœur quand elle était étudiante à Zurich. Les relations à distance existaient déjà à l’époque, mais elles étaient infiniment plus compliquées. On a du mal à s’imaginer aujourd’hui ce que signifie échanger des messages quand ils mettent cinq semaines à parvenir à leur destinataire. Nous avons tenu le coup pendant cinq ans – et nous sommes toujours mariés aujourd’hui.

Sonja Spichtig s’entretient avec Lucas Locher, chef de la Fondation du personnel de Leder Locher AG.

De 2000 à 2020, vous avez été membre de la Direction, mais aussi Directeur de Leder Locher AG à partir de 2010. Quand et pourquoi avez-vous suivi les traces de votre père et de vos aïeux ?

L’explication vient d’un diagnostic qui m’a été posé il y a près de trente ans : sclérose en plaques. Auparavant, j’avais dirigé un établissement de restauration pendant des années, avant de travailler pour SR Technics, mais quand j’ai appris ma maladie, il est devenu évident que j’allais devoir faire un travail physiquement moins difficile. " Emigrer en Equateur ou entrer dans l’entreprise familiale ", telles étaient les options qui s’ouvraient à moi. Entre-temps, j’avais repris les études en suivant une deuxième formation, je m’étais formé au management et je pouvais donc occuper le poste du comptable qui partait justement en retraite.

Votre regard sur l’histoire familiale a-t-il changé à ce moment-là ?

En parcourant les chroniques familiales, j’ai été particulièrement impressionné par la période de la guerre et de l’entre-deux-guerres. A l’époque, notre établissement a dû surmonter des périodes tout aussi difficiles que celle d’aujourd’hui. La dernière année et demie a été malheureusement assombrie par la fermeture de filiales. Le commerce de détail souffrait déjà beaucoup avant la pandémie, mais celle-ci a beaucoup compliqué les choses. J’ai découvert dans ces chroniques que pendant la guerre, mes ancêtres s’étaient montrés incroyablement inventifs – bien avant que l’innovation ne soit devenue un mot à la mode. A l’époque, ils avaient mis en place dans l’immeuble voisin un marché en gros d’articles de cuir et avaient également développé des produits pour animaux, des colliers et des laisses pour chiens par exemple, ou des licols pour vaches ou chevaux. Je suis fasciné de voir le parallèle avec la redécouverte de l’amour des Suisses pour les animaux pendant la pandémie. N’est-il pas intéressant de voir qu’en temps de crise, les gens, hier comme aujourd’hui, se tournent à nouveau vers les animaux ?

A quoi cela tient-il, selon vous ?

Peut-être les animaux transmettent-ils du réconfort ou un sentiment de sécurité. A cause des règles d’isolement, certaines personnes ont peut-être voulu ressentir davantage de proximité ou simplement recommencer à faire de l’exercice.

Je suis ravie que nous ayons à nouveau le droit de fréquenter les belles boutiques, comme celle-ci au Münsterhof ! Est-ce que l’immeuble appartient à votre famille ?

Oui, les numéros 18 et 19, que nous appelons " la maison jaune et la maison grise ", appartiennent toujours à la famille ou plutôt à " l’indivision de famille ". Cette forme particulière de communauté héréditaire a été choisie jadis pour ne pas devoir fractionner la propriété après la mort du fondateur et continuer à la diriger en commun. Les quelque 200 membres de la famille Locher (dont certains sont d’ailleurs éparpillés un peu partout dans le monde) constituent une des dernières indivisions de famille encore en place en Suisse.

Lucas Locher, représentant de la sixième génération, souhaite que ‘Leder Locher’ ne soit pas seulement connue des grands-mères, mais aussi de leurs petites-filles.

C’est maintenant un représentant de la septième génération qui dirige les affaires : votre neveu Valentino Velasquez.

Exact ! Il faut des jeunes qui comprennent les tendances de notre époque et s’adressent à un public plus jeune. ‘Leder Locher’ ne doit pas seulement être connue des grands-mères, mais aussi de leurs petites-filles ! Nous nous battons passionnément pour séduire une clientèle jeune, sensible à la qualité et à l’environnement. Nous avons abandonné la production il y a des années, mais nous avons renforcé notre collaboration avec des créateurs et des ateliers innovants. Vous trouverez chez nous des sacs fabriqués dans des textiles " végans ", que l’on appelait d’ailleurs jadis le " similicuir ", ainsi que des produits réalisés dans des matières nouvelles telles que les pelures de pommes, le bambou ou même des sacs de ciment usagés du Cambodge.

Après avoir quitté la production, vous êtes resté à la tête de la Fondation du personnel de Leder Locher AG. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette fonction ?

Il faudrait plutôt parler d’un poste de " trésorier ", car la fortune que gère la caisse n’est pas considérable. Je me suis initié peu à peu à ce sujet, en me laissant guider par mon intérêt pour la politique mondiale et la politique sociale. La combinaison entre l’économie financière et l’économie réelle est passionnante, et leurs interactions le sont encore plus. Ce qui se passe sur les marchés financiers se retrouve tôt ou tard dans l’économie réelle.

Il est inhabituel qu’une aussi petite PME gère une caisse indépendante.

Bien entendu, il faut se demander, et nous nous posons la question régulièrement, s’il ne vaudrait pas mieux s’affilier à une fondation collective. Jusqu’ici, nous ne l’avons pas fait parce que nous tenons beaucoup à la proximité avec nos employés. Ils sont heureux de pouvoir adresser leurs questions à quelqu’un qu’ils connaissent. Plus ils sont âgés, plus ils viennent me trouver fréquemment pour m’interroger. Mon grand-père, qui tenait beaucoup au bien-être de ses employés, disait toujours : " Nous ne pouvons pas verser de gros salaires, alors nous devons essayer d’en faire un maximum pour nos collaborateurs par des avantages annexes. " Autrefois, la contribution de l’employeur était chez nous de 80% et aujourd’hui, elle reste encore très généreuse, à 60%.

L’établissement de tradition au Münsterhof à Zurich séduit depuis près de deux cents ans les voyageurs exigeants avec des accessoires de haute qualité.

On lit sur le site web de l’entreprise que " The Locher Way " se caractérise notamment par une bonne dose d’humour. Est-ce également votre devise ?

En tout cas, je suis quelqu’un qui positive. Cela ne sert à rien d’avoir des pensées négatives. Peut-être est-ce dans ma nature, et peut-être que ma naissance au Pérou m’a inoculé un peu de la joie de vivre sud-américaine. Comme je suis impatient, il m’arrive de trébucher parce que j’oublie mon handicap et que je ne marche pas assez lentement. Cela peut être fâcheux pour la personne qui m’accompagne, mais moi, cela me fait rire. Un bon ami qui est judoka m’a montré comment faire pour mieux tomber. Je me blesse aux mains, tout au plus, mais jamais à la tête.

Il me semble que cette force qui permet de surmonter une chute et de se remettre rapidement sur pieds parcourt toute l’histoire de l’entreprise Leder Locher AG. Que souhaitez-vous à l’entreprise pour ses 200 ans l’an prochain ?

Vous avez raison : notre histoire est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Aujourd’hui, nous traversons des eaux turbulentes. Je nous souhaite à tous de célébrer ensemble l’année prochaine et de connaître à nouveau des périodes heureuses qui renouent avec le bon vieux temps.

Merci, Monsieur Locher, de nous avoir accordé cet entretien et d’avoir exprimé ce souhait, auquel nous souscrivons bien sûr de grand cœur.

Inflation ou reflation?

Faut-il redouter l’inflation ?

Le renchérissement progresse – c’est indéniable. Mais les milieux spécialisés sont tous d’avis que cette évolution n’est que temporaire et que les banques centrales ont la situation bien en main. La crainte d’une dépréciation incontrôlée de l’argent est donc exagérée. Mais comment les experts arrivent-ils à cette appréciation ? Avec l’inflation, rien n’est pas tout noir ou tout blanc. Elle doit être évaluée selon son contexte chronologique et les défis à venir. Les années 1970 ont montré qu’une hausse de l’inflation était possible même lorsque l’économie se contractait et que le chômage était élevé (" stagflation ") et les 20 dernières années ont prouvé qu’une expansion de la masse monétaire n’entraînait pas automatiquement un relèvement du niveau des prix.

Évolution de la masse monétaire aux Etats-Unis et de l’inflation dans le G7

Ces dernières décennies, les échanges mondiaux associés aux progrès technologiques ont permis aux marchandises d’arriver chez les consommateurs toujours plus vite et à moindre coût. La pandémie a sensiblement perturbé ce système commercial aux niveaux de la production et de la logistique. Dans le même temps, les banques centrales et les gouvernements ont évité un effondrement de la consommation. L’offre est à la traîne par rapport à la demande et il faudra faire preuve de patience avant que l’équilibre ne se rétablisse.

Une reflation efficace dans la pratique

On entend par reflation une reprise de la conjoncture soutenue par la politique monétaire et budgétaire après une réces-sion. Pendant cette phase, une inflation accrue et des restrictions des capacités sont monnaie courante. En outre, le faible niveau des prix dans la récession précédente assure une base de comparaison faible, de sorte que l’écart des prix qui s’ensuit dans le cadre d’une normalisation augmente : c’est ce que l’on appelle l’effet de base. Les prix de l’énergie et des matières premières réagissent le plus rapidement et jouent d’ailleurs actuellement le plus grand rôle dans l’effet de base.

Moteurs actuels de l’inflation en %

Contrairement aux récessions antérieures, le rythme soutenu avec lequel les gouvernements et les banques centrales ont réagi à la crise a absorbé le choc sur les bilans du secteur privé (ménages et entreprises) et stabilisé les attentes en matière de revenus. Le commerce en ligne a aussi contribué à éviter un effondrement de la consommation, courant en période de récession. Cette situation, combinée à la faiblesse de l’offre due à la pandémie et aux problèmes d’approvisionnement en énergie, crée une pression sur les prix, importante mais provisoire.

Dynamique inflationniste plus forte aux Etats-Unis

Contrairement à l’Europe, les Etats-Unis ne connaissaient pas d’instruments tels que le chômage partiel, de sorte que le gouvernement américain a dû distribuer, sans filtre, des montants considérables aux ménages. Cela a stabilisé, voire amé-lioré les revenus de nombre d’entre eux. De nombreuses personnes ont qualifié cette aide d’ " argent hélicoptère ". La consommation généralement modérée de la part des ménages américains en période de crise a été ainsi non seulement soutenue, mais même relancée. A court terme, ce mécanisme accroît la dynamique inflationniste, mais à moyen terme, tout dépend des attentes en matière de revenus. S’ils pensent disposer à l’avenir de plus de revenus, les ménages dépen-seront allègrement leur argent et stimuleront le renchérissement. Mais s’il est établi que l’argent ne sera distribué sans condition qu’une seule fois et que l’Etat le récupèrera ultérieurement par le biais d’augmentations d’impôts, le secteur privé en mettra une partie de côté. Ce n’est donc pas un hasard si c’est précisément maintenant que s’ouvre le débat politique sur les augmentations d’impôts aux Etats-Unis.

La productivité, une future entrave à l’inflation

La politique monétaire et budgétaire extrêmement expansionniste et les goulets d’étranglement dans les livraisons plaident pour un environnement inflationniste, surtout si des effets structurels inévitables tels que la transformation énergétique, la diminution de la population active et les efforts pour réduire la dépendance de biens importants envers les importations viennent s’y ajouter. En revanche, il existe un antidote à la pression inflationniste découlant de la tendance à la démondialisation : l’augmentation de la productivité. La pandémie a montré que lorsque le marché dispose de moins de main d’œuvre, l’économie est capable de développer des méthodes novatrices pour faire faire le travail avec moins de personnel ou par des machines, à condition que le niveau des salaires plus élevé soit compensé par un gain de production ou bien que les coûts de production diminuent pour une production identique. Les investissements dans la protection du climat et dans la transition énergétique en donnent l’exemple : ils ont leur prix, mais ils encouragent l’innovation et accroissent la plus-value de ressources limitées. Cela aussi est une forme d’augmentation de la productivité qui a donc des effets anti-inflationnistes. Dans l’intervalle, la progression de l’inflation est due à la pénurie de certaines marchandises et de certains types de travailleurs, et donc à la pandémie. Celle-ci est résistante, mais temporaire. Sans chocs imprévisibles, tout plaide en faveur d’une phase de reflation accompagnée d’une hausse provisoire du niveau des prix.

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank

Deux frontaliers passionnés par la prévoyance

Deux nouveaux membres du conseil de fondation entrent en fonctions dans une période mouvementée. L’experte en placements Mme Martina Müller-Kamp a passé le plus clair de sa vie professionnelle dans la finance. Aujourd’hui, elle est à la tête de l’unité Prestations de marché et membre de la direction de la Banque cantonale des Grisons. Le juriste Daniel Stürzinger est gérant de caisse de pension avec diplôme fédéral et membre de la direction de la caisse de compensation 66.1 des entrepreneurs vaudois. Il dirige la caisse de pension de la Fédération des entrepreneurs vaudois. Sonja Spichtig s’est entretenue avec ces deux nouveaux membres du conseil de fondation pour en savoir plus sur les personnes qui se cachent derrière les experts.

Martina Müller-Kamp, vous êtes originaire de Bonn, vous avez travaillé à Dusseldorf et à Vaduz et depuis 2019, vous êtes membre de la direction de la Banque cantonale des Grisons à Coire. Jusqu’ici, toutes vos stations professionnelles se trouvaient au bord du Rhin. Était-ce délibéré ?

Martina Müller-Kamp : Absolument pas. Bien sûr, ma famille l’avait également remarqué. Pour plaisanter, il nous arrive de nous demander combien de temps mettrait une bouteille à la mer pour aller de Coire à Bonn, à 675 kilomètres de là. Un jour, je me suis davantage éloignée du Rhin, en allant vivre à Helsinki. C’est passionnant de quitter son lieu d’origine, même si l’on reste en Europe. Nous sommes tous des Européens, mais les gens et les cultures sont différents partout. Cela m’a appris l’humilité. Lorsque je suis entrée à la Banque cantonale des Grisons il y a 13 ans, on disait que le personnel devait s’adapter à l’entreprise – et qu’il valait donc mieux être Grison. Mais désormais, c’est clair : ce qui compte davantage, ce sont les valeurs communes. En tant qu’Allemande férue de consensus, je m’intègre apparemment bien. Aujourd’hui, mes fils et moi-même sommes Suisses et nous sentons tout à fait chez nous ici.

Sonja Spichtig s’entretient avec les nouveaux membres du conseil de fondation, Martina Müller-Kamp et Daniel Stürzinger.

Daniel Stürzinger, vous aussi, vous êtes frontalier. Initialement, vous êtes originaire de Lucerne, vous avez étudié à Lausanne et c’est aussi là que vous vivez aujourd’hui. Comment les choses se sont-elles faites ?

Daniel Stürzinger : C’est exact : de Lucerne à Lausanne, cela n’a rien d’évident. Il y avait deux raisons à ce choix : à l’époque, Lucerne n’avait pas d’université, et pour faire des études, il fallait s’expatrier. Comme j’aime les langues (initialement, je voulais devenir interprète), j’ai hésité entre Lausanne, Genève et Neuchâtel. Quand j’ai vu l’université de Lausanne, le sort en a été jeté. On ne pouvait pas trouver mieux que ces superbes bâtiments juste au bord du lac. Comme je suis amateur de carnaval, je franchis le fossé des roesti en tout cas pour le carnaval. Depuis 1990, je circule avec le " Spöitzchnöbus ", la seule " Guggemusig " qui comporte des flûtes à bec. Quand nous jouons sur le pont de la chapelle à Lucerne, les gens s’arrêtent pour nous admirer !

Une experte en placements et un juriste – comment avez-vous atterri tous les deux dans le domaine de la prévoyance ?

Tous les deux (en riant) : Purement par hasard !

Daniel Stürzinger : Vraiment ? Quand j’étais jeune, la prévoyance professionnelle ne m’intéressait pas le moins du monde. Au cours de ma formation, je n’en avais pratiquement jamais entendu parler. Au début, j’ai travaillé à l’AVS et dans le domaine de la responsabilité civile, puis j’ai entrepris un long voyage et à mon retour, j’ai eu besoin de trouver un emploi le plus vite possible. C’est ainsi que je me suis retrouvé au service juridique de la prévoyance d’un réassureur. En travaillant ainsi dans la prévoyance, j’ai constaté à quel point ce secteur était passionnant. C’est probablement toujours comme cela : quand on connaît, on s’intéresse davantage.

Martina Müller-Kamp : Cette thématique me plaît par principe. Même si beaucoup de choses méritent d’être réformées, je trouve que le système suisse est très bon. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas également confronté à des problèmes difficiles à résoudre ! Ce qui m’inquiète, c’est de voir que le groupe des personnes les plus concernées par les dérives n’a pas voix au chapitre, ou plutôt qu’il a jusqu’ici renoncé à faire entendre sa voix. Les jeunes n’ont pas assez de connaissances financières et ne sont pas assez sensibilisés à ce qui les attend.

Sonja Spichtig discute avec les nouveaux membres du conseil de fondation de leurs expériences passées, des défis rencontrés dans la prévoyance et des changements provoqués par la pandémie.

Que souhaitez-vous pour la Suisse en matière de prévoyance et de caisses de pension ?

Daniel Stürzinger : Clairement une réforme qui soit acceptée. Les citoyennes et les citoyens suisses doivent prendre conscience de l’importance de cette question et s’en préoccuper davantage. Qui sait de combien d’argent il disposera quand il sera vieux, ou même s’il en aura assez ? Voilà ce à quoi il faut réfléchir, mais de préférence sans attendre d’avoir 50 ou 60 ans.

Martina Müller-Kamp : Un plus grand intérêt, davantage de connaissances et plus de formation dans le domaine de la prévoyance pour les jeunes – voilà ce que je souhaite à la Suisse. Car comment s’investir en faveur de quelque chose que l’on ne connaît pas ? Jusqu’ici, mes fils, qui ont 16 et 20 ans, ont relativement peu appris sur ces questions à l’école. Nous autres adultes ainsi que les institutions, nous devons aussi assumer davantage de responsabilité et nous investir plus énergiquement afin de préserver un système de prévoyance viable à long terme.

Quelle expertise allez-vous apporter au conseil de fondation ? Quelle contribution concrète aimeriez-vous apporter ?

Martina Müller-Kamp : Mon cheval de bataille est bien entendu le domaine des placements, mais j’apporte aussi beaucoup d’expérience dans les transactions avec les caisses de pension. Plus je suis dans ce domaine, plus je m’occupe non seulement du côté des placements avec les décisions professionnelles à prendre à cet égard, mais aussi de la question de savoir comment nous devons nous positionner sur le plan stratégique en fonction des besoins pour avoir du succès à long terme.

Daniel Stürzinger : Avec mon bagage, je ne représenterai pas seulement la Suisse romande au conseil de fondation, mais j’aborderai aussi certainement des questions juridiques – par exemple des adaptations du règlement – et j’analyserai ce qui pourrait éventuellement être amélioré dans ce domaine. Depuis que je dirige la caisse de pension de la Fédération vaudoise des entrepreneurs, j’approfondis mes connaissances dans le domaine de l’immobilier, qui connaît en Suisse une évolution tout à fait passionnante.

Martina Müller-Kamp, Daniel Stürzinger et Sonja Spichtig militent ensemble pour que les thématiques liées à la prévoyance et aux caisses de pension soient plus présentes dans l’esprit des jeunes.

Quels rêves de toujours aimeriez-vous encore réaliser ?

Daniel Stürzinger : Il y a encore beaucoup d’endroits au monde que j’aimerais découvrir. Pour l’instant, la vie de famille me retient un peu, mais le désir de faire son sac à dos et de partir à l’aventure s’intensifie clairement. Il y a tant de choses à connaître, à expérimenter, tant de montagnes à gravir …

Martina Müller-Kamp : Ma liste de souhaits est nettement moins spectaculaire. Quand j’en aurai à nouveau le temps, donc à la retraite, j’aimerais m’investir dans une tâche bénévole. Ce ne sera pas nécessairement quelque chose de grandiose. Aider à la bibliothèque du village ou m’occuper des finances du club sportif – cela me paraît très enrichissant.

Pouvez-vous encore tirer des enseignements positifs de la pandémie, malgré toutes les difficultés ?

Martina Müller-Kamp : Même si le télétravail nous tape sur les nerfs en ce moment, je pense que la pandémie a eu des effets positifs. Vous rappelez-vous l’attitude conservatrice qui régnait autrefois, surtout dans les banques cantonales, par rapport au télétravail ? Quand on voit aujourd’hui avec quelle efficacité il est possible de travailler depuis chez soi, on peut vraiment parler de la percée du numérique. Cela ne manquera pas de nous être utile à l’avenir.

Daniel Stürzinger : Une grande partie de nos dossiers va enfin être numérisée. En outre, durant la pandémie, de nombreuses personnes ont redécouvert des valeurs qu’elles veulent entretenir à l’avenir. Aujourd’hui, nos clients se réjouissent de pouvoir venir nous trouver en personne. Je peux m’imaginer que nous apprécierons davantage les échanges personnels à l’avenir – ils ont été rompus si abruptement que maintenant, ils nous manquent énormément.

Je vous remercie de tout cœur de m’avoir accordé cet entretien et vous souhaite beaucoup de plaisir dans votre travail au conseil de fondation.

 

 

Deux bâtiments d’avenir récemment construits à Zurich – piliers de la stabilité du portefeuille

Quelles réflexions sous-tendent la gestion et l’optimisation d’un portefeuille immobilier au fil des années et même des décennies ? Sonja Spichtig s’est entretenue avec Andreas Meier, responsable de la gestion du portefeuille immobilier, et Rafik Awad, gestionnaire de portefeuille, à propos de deux bâtiments neufs dont Swisscanto Fondation de placement est propriétaire. Ceux-ci montrent de façon exemplaire comment des considérations d’innovation et de durabilité peuvent apporter de la plus-value, pour les investisseurs comme pour les locataires futurs et pour le public.

Rafik Awad, le Manufakt8048 va bientôt être intégré au portefeuille que vous contribuez à gérer. Vous avez participé à l’acquisition du Manufakt8048. De quel type de bâtiment s’agit-il et qu’a-t-il d’enthousiasmant ?

Rafik Awad : Du point de vue de son caractère, le Manufakt se positionne à mi-chemin entre un bâtiment de bureaux classique et un bâtiment commercial typique. Ainsi, les surfaces ne sont pas celles d’un bâtiment de bureaux, et la cour intérieure apporte de la lumière et de la vie. Le groupe-cible visé est celui des entreprises actives dans la production, mais présentant une forte valeur ajoutée. On trouve à titre d’exemple des locataires actifs dans le domaine des industries high-tech ou une société créée en tant que spin-off de l’EPF et désormais devenue une importante entreprise dans le processus de fabrication des technologies de microprocesseurs grâce à des produits innovants.

L’équipe d’architectes autour de Theo Hotz a développé un concept passionnant sur cette surface d’environ 14‘500 m2. Nous avons beaucoup tenu à ce qu’elle puisse être utilisée de manière totalement flexible. Certes, de nombreux aménagements répondent aux besoins du locataire principal, mais si celui-ci venait à partir, il n’y aurait pas de gros travaux à faire pour adapter les locaux à des besoins différents. Je suis impatient de découvrir le bâtiment quand il commencera à vivre grâce à la présence de ses locataires.

A ce propos, justement : avez-vous bon espoir de pouvoir le louer intégralement ? Les bureaux vides, ce n’est pas ce qui manque dans la vallée de la Limmat.

Rafik Awad : Nous avons de bonnes raisons d’être très optimistes. 70% des surfaces sont déjà louées. En outre, la qualité de l’emplacement est excellente grâce à la desserte directe par RER. La ville de Zurich a mis à disposition des terrains constructibles tout autour de la gare d’Altstetten, ce qui permet une utilisation à titre commercial – c’était là une décision courageuse et sage qui a permis aux jeunes entreprises en plein essor de s’y implanter. Le développement de ce quartier est très prometteur.

Sonja Spichtig, Andreas Meier et Rafik Awad se font présenter la cour intérieure du bâtiment " Manufakt8048 " par Mischa Schedler, chef de projet de Steiner AG.

Andreas Meier, comment voyez-vous les choses en tant que responsable de la gestion du portefeuille immobilier ? Pourquoi ce projet plutôt atypique est-il attrayant pour la fondation de placement ?

Andreas Meier : Effectivement, il n’existe aujourd’hui pratiquement rien de comparable dans le portefeuille de Swisscanto Fondation de placement – qui compte tout de même près de 250 biens immobiliers pour un volume de placement de 8 milliards de francs ! De toute manière, les bâtiments commerciaux sont plutôt sous-pondérés. Mais le but est d’assurer l’équilibre entre habitation et commerce. Et pour cela, le Manufakt est idéal. Le fait d’investir dans un immeuble commercial neuf de ce type, situé dans un emplacement idéal et loué en très grande partie renforce la qualité du portefeuille, entre autres parce que cet immeuble permet de générer un rendement supérieur à celui d’immeubles locatifs pour un risque adéquat.

En fin de compte, comment les décisions sont-elles prises pour ce genre de projets ?

Andreas Meier : C’est un processus en plusieurs temps. Nous commençons par sélectionner les opportunités de placement auxquelles nous voulons donner suite. La sélection restreinte est ensuite analysée dans le détail et vérifiée, et pour finir, fait l’objet d’une demande auprès des instances de placement. Il y a d’une part la commission de placement indépendante, composée d’experts externes de domaines spécialisés tels que la construction, les développements et les finances, qui " passe au crible " toutes les demandes et leur donne une évaluation. En outre, le comité de placement interne examine les investissements d’une certaine importance. Les évaluations se font sur la base d’une demande tenant compte de nombreux éléments, notamment le rapport rendement/risque, la viabilité sur le marché, la qualité de l’emplacement et la qualité de la construction. Ainsi, tous les aspects essentiels sont évalués sous toutes sortes d’angles pour alimenter la décision, de sorte que nous pouvons mettre en œuvre une politique d’investissement durable et stable pour nos investisseurs.

Les besoins des locataires jouent aussi un grand rôle dans le deuxième projet. Le complexe d’habitation de la Trichtenhausenstrasse à Zurich-Witikon est un bâtiment qui répond aux exigences les plus élevées de la norme eco Minergie-P. Quelles sont les particularités de ce projet ?

Rafik Awad : Par principe, nous veillons à ce que nos bâtiments neufs soient d’une très grande qualité. L’une des particularités, c’est la décision, ou plutôt la possibilité, d’acheter une parcelle si importante à Zurich, où les réserves de terrains constructibles sont extrêmement rares. Grâce aux bons contacts et à l’endurance de notre équipe de transaction, nous y sommes cependant parvenus il y a plusieurs années, en 2015. Witikon est très séduisante : la proximité de la ville, l’emplacement attrayant, la commune avec sa structure démographique en forte croissance. Avec la plus grande parcelle le long de la Katzenschwanzstrasse, également à Witikon, nous souhaitons nous adresser à des groupes-cibles différents et offrir non pas des appartements de luxe, mais des espaces d’habitation à la portée des classes moyennes et accueillants pour les familles.

Andreas Meier, Rafik Awad et Sonja Spichtig.

A l’heure actuelle, le télétravail est très répandu. On a d’un côté des bureaux vides, et de l’autre des appartements bondés. Constatez-vous une évolution de la demande, par exemple pour la location du Manufakt8048 ?

Rafik Awad : En ce moment, la location d’immeubles commerciaux est difficile en général. Mais notre courbe de location au Manufakt est extrêmement positive. Aujourd’hui, 70% sont déjà loués. Pour le reste, nous avons une garantie de loyers du constructeur pour 5 ans. La rentabilité est donc assurée dès le début. Bien sûr, la pandémie nous met aussi à rude épreuve de façon générale, et pas seulement avec le Manufakt. Certaines personnes désireuses de louer attendent de mieux connaître les nouveaux besoins avant de se décider. Elles se posent beaucoup de questions. Mais une telle période peut aussi inciter les gens à revoir leurs besoins à la baisse. Alors, les critères tels que la connexion, l’emplacement ou la qualité des locaux feront pencher la balance, et les gens finiront par dire : " Ça y est, on déménage ! " Peut-être même pour aller au Manufakt.

Vers où vous mènent vos réflexions relatives aux nouveaux besoins dans le domaine du logement ?

Rafik Awad : Les avis divergent sur ce point – c’est justement ce qui rend la chose passionnante ! Faut-il une pièce de plus par appartement pour le télétravail ? Ou des espaces de co-working doivent-ils être intégrés dans le bâtiment lui-même ? À la Badenerstrasse à Zurich, nous sommes justement en train d’aménager un projet présentant des petits appartements très compacts et des espaces de travail partagés. D’un côté comme d’un autre, je suis sûr que la question du coronavirus va encore nous occuper.

Andreas Meier : Je suis tout à fait d’accord. Nous suivons de très près les incidences du coronavirus sur le comportement en matière de logement et nous en tenons compte dans nos planifications prochaines. Mais il est encore impossible de dire : " Désormais, nous allons toujours construire des appartements plus grands. " Soyons honnêtes : pour l’instant, nous ne pouvons que suivre les évolutions – et prendre alors, au niveau de la planification, des décisions intelligentes et informées.

Rafik Awad, en tant que gérant de portefeuille, vous jetez les bases de la gestion et de l’optimisation du stock d’immeubles. Comment procédez-vous concrètement ?

Rafik Awad : Eh bien, il est évidemment très difficile de pouvoir dire, au milieu de plusieurs centaines d’immeubles, que le bâtiment en question s’adapte ou non à notre stratégie. Ou d’évaluer ce qui constitue la meilleure stratégie pour le bien immobilier individuel sur l’ensemble de son cycle de vie. Car les avis sont toujours subjectifs, mais aboutissent en fin de compte à des échanges très intéressants. Pour un portefeuille aussi important que le nôtre, il est cependant utile de fonder les décisions sur des données solides. Nous le faisons en nous appuyant sur nos outils, qui nous permettent d’anticiper de deux ou trois ans sur notre stratégie et de prendre les bonnes décisions de manière proactive.

Sonja Spichtig, Andreas Meier, Rafik Awad, Thomas Gianora (Swisscanto Invest) et Markus Ott (Swisscanto Invest) lors de la pose de la première pierre à la Trichtenhausenstrasse.

Vous êtes nouveau dans l’équipe chargée du portefeuille. Comment êtes-vous arrivé là ?

Rafik Awad : J’aime être un généraliste qui s’intéresse à de nombreuses questions, et le domaine du portefeuille immobilier me propose précisément cela. Je suis né au Caire et j’ai commencé des études d’ingénieur civil en Allemagne à 18 ans. Plus tard, j’ai travaillé au Moyen-Orient dans le domaine de la planification et de la gestion de projets et j’ai vécu de près la crise financière à Dubaï. J’ai vu à cette occasion que la planification de projets était une bonne chose, mais que derrière cela se cachait une propre économie gigantesque. Lorsque tout s’est arrêté à cause de la crise, j’ai commencé à m’intéresser à ces questions et j’ai passé un MBA dans le domaine de l’immobilier. Je voulais comprendre les interdépendances entre les divers aspects de l’économie immobilière. Je suis arrivé en Suisse par pur hasard. Implenia cherchait quelqu’un ayant de l’expérience au Moyen-Orient. J’ai commencé comme chef de projet avant de passer au développement de projets, et plus tard, aux conseils aux investisseurs. Durant les sept années où j’ai travaillé pour Implenia, j’ai notamment pu conseiller Swisscanto, qui a fini par me recruter, tout d’abord dans le domaine des transactions immobilières et maintenant dans celui de la gestion du portefeuille. C’est ainsi que j’ai trouvé mon bonheur en Suisse, où j’ai fait la connaissance de ma femme et où j’ai fondé une famille.

Qu’aimeriez-vous construire vous-même un jour ?

Rafik Awad : Un complexe de logements modulaire comportant des unités qui s’adaptent au maximum aux besoins de leurs locataires, pendant toute leur vie. Comment ajouter des pièces ou en retirer en fonction des besoins ? C’est le genre de réflexions que je trouve passionnantes. Je pense que la construction modulaire est un sujet en plein essor. Nous avons besoin de plus de flexibilité. Les utilisations doivent devenir plus flexibles. La flexibilité est peut-être la solution de nombreux problèmes – et en tant qu’investisseurs, nous sommes tenus de suivre de telles évolutions.

Est-ce qu’un tel complexe pourrait devenir un autre pilier de stabilité pour le portefeuille immobilier de Swisscanto Fondation de placement ?

Andreas Meier : C’est tout à fait concevable. Si les autres aspects étaient aussi favorables que dans les deux projets présentés et surtout si la qualité de l’emplacement était aussi bonne, il serait sûrement possible d’obtenir une plus-value ayant un effet stabilisateur. Et si cette flexibilité accrue et cette construction modulaire permettaient de réaliser une rentabilité conforme au marché, cela vaudrait assurément la peine d’être examiné.

Andreas Meier, Rafik Awad – merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.

La normalisation accroît la nervosité des investisseurs

La hausse de l’inflation accroît la nervosité

Comme la banque centrale américaine, nous estimons que la hausse des taux d’inflation due au fort effet de base est temporaire. Néanmoins, les investisseurs ont perdu leur calme, étant donné l’inflation pourrait s’avérer persistante et que la banque centrale américaine pourrait resserrer la politique monétaire plus tôt que prévu. Même si les taux d’inflation restent élevés pendant encore quelques mois, nous n’escomptons pas d’évolution délétère en la matière. Certes, l’économie des Etats-Unis va connaître une croissance plus lente au second semestre, mais à un niveau élevé. Tant que l’inflation s’accompagne d’une croissance forte, les perspectives de bénéfices pour les entreprises resteront intactes. Leurs évaluations sont cependant regardées d’un œil plus critique à cause du relèvement attendu des taux. À long terme, l’évolution actuelle représente même une chance de mettre fin à la tendance à la désinflation qui existe depuis des décennies et de normaliser l’environnement des taux d’intérêt.

Normalisation du côté de l’offre, demande robuste nécessaire

Vu l’énorme soutien apporté par la politique monétaire et budgétaire ainsi que la forte accélération de la croissance, les craintes d’inflation ne sont pas totalement infondées. Certes, l’effet de base contribue largement à la progression du taux d’inflation aux Etats-Unis à 4,2% (vert, graphique 1), mais les préoccupations liées à l’inflation sont plutôt dues aux goulets d’étranglement sur le plan des livraisons et à la hausse des besoins en personnel. L’interruption des chaînes de livraison conjuguée à la forte reprise de la conjoncture a poussé à la hausse les prix des intrants et notamment des matières premières et à hissé l’inflation au-dessus de la tendance (rouge, graphique 1). Ces moteurs inflationnistes diminueront à nouveau avec l’ouverture économique et l’intégration progressive des capacités disponibles. L’inflation est un effet en aval et les pressions sur les prix vont diminuer avec l’augmentation de l’utilisation des capacités. En revanche, on ignore encore si la forte demande sera durable et si les salaires augmenteront effectivement. Grâce aux aides de l’Etat et du fait que certaines dépenses n’ont pas été engagées, par exemple celles consacrées aux vacances, le taux d’épargne des ménages s’est accru. Ce n’est que lors de la reprise sur le marché de l’emploi que l’on constatera la part qui en sera dépensée. Nous escomptons une demande soutenue, dont nous avons d’ailleurs besoin pour que la croissance économique attendue se matérialise et que la reprise soit au rendez-vous sur le marché de l’emploi. Dans cette mesure, nous continuons à voir l’évolution actuelle de l’inflation comme un épiphénomène positif au sein de la phase de reprise.

Graphique 1 : L’effet de base est le moteur principal

Indice des prix à la consommation (CPI) aux Etats-Unis

La politique monétaire davantage tributaire des données

Les banques centrales telles que celle du Canada ou la Bank of England ont déjà réduit leurs achats de titres. Ainsi, et parce que même en dehors des Etats-Unis, les rendements sont à la hausse, les pressions exercées sur la Fed pour qu’elle ne change rien se réduisent. La banque centrale américaine va cependant continuer à prendre son temps avant de procéder à un premier relèvement des taux. Elle considère toujours qu’une inflation de plus de 2% pendant douze mois et plus est transitoire. En outre, la Fed accorde la priorité à l’évolution sur le marché de l’emploi. Même si de nombreuses entreprises aux Etats-Unis annoncent avoir du mal à pourvoir les postes vacants en ce moment, cela ne signifie pas pour autant qu’il existe une pénurie de main-d’œuvre et que les salaires vont directement augmenter. De nombreux travailleurs ne peuvent toujours pas travailler en raison de la pandémie. D’autres attendent pour savoir si le soutien aux chômeurs sera prolongé. La Fed va donc réduire ses indications prospectives et davantage axer sa politique monétaire sur les données. Même si l’inflation n’est guère alarmante en dehors des Etats-Unis, elle signifie en général pour les investisseurs une moins grande sécurité de la politique monétaire et davantage de volatilité sur la voie de la normalisation.

Les rendements réels négatifs aident à résorber les dettes

Avec des taux directeurs inférieurs à zéro ou proches de zéro et des craintes d’inflation croissantes, les risques mondiaux en matière d’intérêts se sont manifestement accrus. Étant donné que les données du marché reflètent déjà bien les attentes d’inflation et que le niveau mondial de la croissance reste élevé, les hausses de rendement futures se feront par le biais des rendements réels. Le chemin pour sortir de la plage négative est cependant long et semé d’embûches (graphique 2). Malgré une réduction ponctuelle des achats de titres, la politique monétaire reste très expansionniste et les mesures conjoncturelles soutiennent le niveau élevé s’agissant des attentes d’inflation. Les banques centrales vont se montrer extrêmement prudentes et se contenter de réactions timides. Car le contexte actuel soutient le processus de résorption des dettes et aucune banque centrale ne veut remettre en cause cette configuration. Il se pourrait même qu’il présente une occasion unique de se " débarrasser d’au moins une partie des dettes par l’inflation ".

Graphique 2 : Rendements réels toujours négatifs

Rendements réels d’une sélection d’obligations d’Etat

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank

Etude sur les caisses de pension suisses 2021 : les caisses de pension investissent davantage dans le durable, mais ont un retard à rattraper sur le plan de la protection du climat

Principaux résultats de l’étude de cette année :

  • Les caisses de pension s’inscrivent définitivement dans la tendance mondiale à l’investissement durable, mais le besoin de rattrapage est encore considérable sur la question fondamentale de la protection du climat. Un quart des caisses ont déjà introduit des critères ESG dans leur règlement de placement, contre à peine 8% en 2015. Par ailleurs, 9% des caisses vont en introduire ces trois prochaines années. Sur ce point, les petites caisses sont largement à la traîne. En revanche, toutes les institutions de prévoyance ont du retard à rattraper, précisément sur le plan des mesures en faveur du climat et des objectifs de réduction du CO: ainsi, seulement 17% en moyenne mesurent le CO2 dans leur portefeuille, et à peine 4% ont déjà introduit des objectifs de réduction concrets.
  • La pandémie a commencé par laisser des traces en 2020, mais la reprise rapide qui a suivi la chute des bourses au printemps a fini par assurer une performance solide des placements : le rendement moyen est de 3,97% (contre 10,85% en 2019). On observe cependant d’énormes différences entre la meilleure caisse, qui enregistre 12,30%, et la moins bonne, qui affiche –6,50%. Sur les dix dernières années, les caisses détenant une fortune gérée supérieure à CHF 500 millions présentent une performance moyenne de 4,57% par an et font donc mieux que les petites caisses dont la performance n’est que de 4,27%.
  • Globalement, cela fait longtemps que les caisses de pension suisses n’ont pas été en aussi bonne santé. Grâce aux bons rendements, elles ont pu améliorer leur stabilité financière et accroître leurs réserves. Par conséquent, leur taux de couverture a atteint le plus haut niveau de ces dix dernières années. De même, les bonnes performances améliorent les réserves pour fluctuation de valeur : ainsi, 69% de l’ensemble des caisses ont déjà alimenté au moins jusqu’à concurrence des trois quarts leurs réserves cibles pour fluctuation de valeur (elles étaient 63% dans ce cas l’année dernière). Ce constat est réjouissant parce qu’il accroît la marge de manœuvre permettant de verser des intérêts plus élevés aux assurés.
  • La redistribution des actifs au profit des retraités s’est réduite parce que la différence entre les rémunérations versées a évolué au profit des actifs. En moyenne, le taux d’intérêt servi sur les avoirs des assurés en activité est de 2,03% – ce qui est à nouveau nettement au-dessus de celui servi sur les capitaux des retraités.
  • La mauvaise nouvelle pour les assurés, c’est qu’ils vont devoir s’attendre à des taux de conversion plus faibles. Ceux-ci ont d’ailleurs continué à baisser en 2021. Ainsi, le taux de conversion moyen chez les femmes qui partent à la retraite à 64 ans est de 5,46%, et de 5,52% chez les hommes de 65 ans. Pour 2025, les institutions de prévoyance escomptent encore un taux de conversion moyen de l’ordre de 5,3%.
  • Les fondations collectives continuent à assumer une redistribution légèrement plus importante : par rapport aux caisses de droit privé, elles présentent des taux d’intérêt et des taux de conversion plutôt plus élevés. En outre, elles servent des intérêts moindres sur les avoirs de vieillesse. Elles sont confrontées à un dilemme : adapter les paramètres techniques ou bien préserver leur compétitivité.

L’étude sur les caisses de pension suisses 2021, comprenant une comparaison des chiffres de référence sur plusieurs années, figure ici.

" Investment is my life " – ce n’est pas un métier, c’est une passion

Cet été, Thomas Vock a atteint l’âge de la retraite et il quitte ses fonctions de président du Conseil de fondation de Swisscanto Fondations de placement. Sa carrière d’expert en placements a été bien remplie : en dernier lieu, il était responsable de la gestion des placements à la Banque Cantonale Bernoise. L’interview qu’il nous a accordée montre clairement que cet investisseur dans l’âme n’a pas l’intention de passer sa retraite les bras croisés. Car il sait manier la tronçonneuse.

Monsieur Vock, pour apprendre à vous connaître, il faut vous rencontrer en personne. En effet, on ne trouve quasiment rien à votre propos sur Internet.

C’est exact, et c’est voulu. Cela m’a coûté un bon dîner avec un ami spécialiste en informatique qui a effacé les choses sans importance à mon égard, qui traînaient sur Internet. Cette forme de sphère privée numérique me tient à cœur.

Que pouvez-vous nous dire sur votre vie privée ?

Je viens d’Argovie, je suis allé à l’école à Zofingue et j’habite aujourd’hui à Seengen. Je suis marié et père de trois enfants adultes.

Votre profil LinkedIn révèle tout de même que vous êtes responsable de la gestion des placements de la Banque cantonale bernoise depuis 2011. Et auparavant ?

J’ai passé toute ma carrière dans le domaine de l’investissement. J’ai fait mes premières armes chez Hayek Senior, précisément pendant la période électrisante où la première Swatch a été lancée sur le marché. Le mode de production entièrement automatisé, qui ne nécessitait plus que deux manipulations finales, était révolutionnaire à l’époque. J’étais notamment responsable des visites guidées de l’usine, après avoir pris soin de débarrasser les visiteurs de leurs appareils photos.

Thomas Vock et Sonja Spichtig collaborent avec succès depuis de longues années.

Depuis 2013, vous étiez membre du Conseil de fondation, dont vous avez assumé la présidence en 2017. Sur quoi vous êtes-vous concentré ?

Sur le domaine des placements, ce qui correspond à ma compétence professionnelle. Auparavant, les sujets juridiques et de conformité avaient un poids trop important à mon goût. J’ai fait pression pour que l’on s’attaque plus vigoureusement à de nouveaux produits, notamment aux placements illiquides.

Quels bons souvenirs garderez-vous ?

Cela a été une période passionnante, superbe et intense. Au début de la reprise de Swisscanto Direction de fonds SA par la Zürcher Kantonalbank, des grains de sable sont parfois venus se glisser dans les rouages. Dans pareil cas, il faut échanger, déballer ce que l’on a sur le cœur et en parler. C’est ce que nous avons fait et je trouve que nous y sommes plutôt bien parvenus. Les fondations sont en bonne voie dans une période difficile.

Qu’est-ce qui vous aide quand il y a des grains de sable dans les rouages ?

Ma philosophie, qui m’a d’ailleurs aidé à diriger mes collaborateurs. Avant tout, j’aborde les gens avec un état d’esprit fondamentalement positif, et je me méfie uniquement lorsque j’ai été déçu. Ensuite, j’encourage les points forts au lieu de critiquer les faiblesses. Je crois qu’une entreprise ne peut pas toujours avancer à 100 à l’heure, mais qu’elle doit parfois pouvoir monter à 120, voire à 150. Et pour que les gestionnaires de portefeuilles puissent appuyer sur la pédale d’accélérateur, je dois les laisser piloter, être là pour les guider et les soutenir. Les asset managers, par exemple, sont des experts parfaitement qualifiés. Il suffit de leur indiquer l’objectif à atteindre sans leur expliquer dans les moindres détails comment y parvenir. Et il faut comprendre le dilemme dans lequel ils se trouvent en tant que membres de l’organisation : d’un côté, ils prennent des décisions du type " demain, je vais acheter pour 15 millions d’actions Nestlé " ou " je vais en vendre pour 5 millions ", mais de l’autre, ils sont obligés de commander le moindre stylo à bille au service interne du matériel. Si on les freine trop, ils ne rouleront jamais à 130. Et si toute l’organisation se traîne à 80, elle se fera dépasser par la droite et par la gauche.

Que doit-il se passer pour que la prévoyance redémarre ?

La redistribution des jeunes vers les personnes âgées doit cesser. Pour cela, il faut que le taux de conversion baisse davantage. Je suis tout à fait libéral et favorable à la démocratie, mais je trouve ahurissant d’appeler les citoyens à voter sur les taux d’intérêt à appliquer pour le taux de conversion. Il y a vingt ans, le système suisse de prévoyance caracolait encore en première place avec celui des Pays-Bas dans les classements internationaux. La malheureuse politisation nous a fait tomber en 12e position. Il faut regarder les choses en face : la préservation des acquis des plus âgés ne fonctionne pas. Mais il est difficile d’abandonner ses habitudes.

Thomas Vock était membre du Conseil de fondation depuis 2013 et Président des Fondations depuis 2017.

Plaidez-vous en faveur d’un assainissement à tout prix ?

Bien entendu, il faut veiller à ne pas laisser sur la touche les individus qui appartiennent au segment des bas salaires. Mais abandonner tout sens des responsabilités individuelles et se contenter de redistribuer ne peut pas être la solution. C’est difficile, mais nous ne vivrons pas éternellement sur l’île du bonheur. Il serait bon de se rappeler de temps à autre qu’il y a 100 ans, la Suisse était encore un pays pauvre. Quand il était enfant, mon père allait souvent se coucher le ventre vide. Quelques générations ont réalisé de grandes choses, et c’est cela qui est maintenant en jeu.

Comment faites-vous passer ce message auprès des jeunes ?

De nombreux jeunes Suisses ne connaissent malheureusement pas le monde, et ne comprennent donc pas ce qu’est la Suisse et à quel point notre Etat fonctionne bien. J’aime le fait que Swisscanto Fondations de placement ne se contente pas d’aborder ces questions, mais qu’elle agisse aussi. L’an dernier, l’assemblée des investisseurs à Zoug a évoqué les moyens de sensibiliser davantage les jeunes aux questions de prévoyance ; dans l’intervalle, des vidéos ont été réalisées pour expliquer ces sujets complexes le plus simplement possible et donner ainsi envie aux jeunes de les regarder.

Que pensez-vous du monde d’aujourd’hui ?

La montée du nationalisme m’inquiète. Et l’impression de billet, qui a commencé lors de la crise financière de 2008/2009, prend actuellement des proportions presque inouïes. Derrière ce nouvel argent, il n’y a pas de performance, pas véritable production. Les dommages collatéraux seront énormes.

Sonja Spichtig s’entretient avec Thomas Vock sur sa passion et ses ambitieux projets d’avenir.

Quels conseils donneriez-vous à la personne qui vous succèdera ?

Je n’aime pas donner des conseils. Mais j’espère que cette personne fera tout pour que cette œuvre continue à bien progresser. Par " bien ", je veux dire mettre au point de nouveaux produits et continuer à générer de la croissance.

Comment envisagez-vous la suite : repos ou retraite active ?

" Investment is my life " : ce n’est pas une profession que l’on exerce quelques heures par jour, mais une passion de tous les instants. Je resterai actif dans le monde des affaires, en continuant notamment à assumer ma passionnante fonction de président du comité de placement de l’Etat du Liechtenstein. Mais il y aura aussi des nouveautés : tout d’abord, j’ai déjà coupé plus de 30 mètres cubes de bois dans ma forêt. Vous n’avez pas idée du sentiment de satisfaction qu’une tronçonneuse peut procurer. Un portefeuille, vous le construisez, et si vous le construisez bien, vous vous endormez la conscience tranquille. Mais le lendemain matin, vous pouvez vous réveiller face à un champ de ruines parce que des avions ont percuté des gratte-ciels pendant la nuit. Si le portefeuille était bon, vous savez au moins à quoi ressemblent ses ruines. Quand je coupe du bois, je vois le soir ce que j’ai fait, et le lendemain matin, c’est toujours là. Par ailleurs, j’ai l’intention de suivre un cours d’histoire appliquée à l’université de Zurich. L’histoire me fascine. " Life is easy ", mais pas toujours. C’est justement ce que montre l’étude de l’histoire.

 

Une assemblée des investisseurs pas comme les autres, mais une promesse tenue

Hanspeter Konrad, Yannick Blättler et Sonja Spichtig auraient aimé présenter sur place ce qu’il est advenu de la promesse de l’an dernier. Mais, en 2020, les assemblées des investisseurs des Swisscanto Fondations de placement n’ont pas pu se tenir sous la forme habituelle, pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire de préciser. Le Conseil de fondation, les membres désignés, la Direction, les représentants de l’organe de révision et du service juridique ainsi que la représentante indépendante des droits de vote se sont rencontrés à Zurich le 23 octobre 2020 pour une " assemblée présentielle résiduelle ".

Rapport des assemblées présentielles résiduelles des Swisscanto Fondations de placement

Thomas Vock, Président du Conseil de fondation, accueille les participants à la 47e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement et à la 14e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement Avant. Tous les participants regrettent vivement que les investisseurs, les représentants des fondateurs et les invités ne puissent pas être sur place et espèrent que l’assemblée du 22 octobre 2021 à Lucerne retrouvera un déroulement normal.

Sonja Spichtig, Directrice des Swisscanto Fondations de placement, informe l’assemblée sur la marche des affaires et sur les performances des diverses catégories de placement. La fortune gérée par les deux fondations s’élève à 17,7 milliards de francs au 30 juin 2020. Avec une part de marché de 13%, les Swisscanto Fondations de placement sont un prestataire de premier plan parmi les fondations de placement CAFP.

" The new normal… "

De gauche à droite : Daniel Stürzinger, Martina Müller-Kamp, Davide Pezzetta, Thomas Keller, Pia Burch, Thomas Hug, Stephanino Isele, Sonja Spichtig, Thomas Vock, Luca Fischler

Les investisseurs ont pu exercer leurs droits exclusivement par écrit et par l’intermédiaire de la représentante indépendante des droits de vote. Tous les points de l’ordre du jour ont été adoptés pratiquement à l’unanimité. Thomas Hug a été réélu au Conseil de fondation. Thomas Vock, Président du Conseil de fondation, et Patrice Vernier, membre du Conseil (malheureusement absent) ont démissionné. Le Vice-président Stephanino Isele a pris congé du Président avec beaucoup de malice, en citant toutes sortes de chiffres qui ont accompagné le Président tout au long de sa vie professionnelle. En la personne de Martina Müller-Kamp, membre de la Direction de la Banque Cantonale des Grisons, le Conseil de fondation a pu s’adjoindre les services d’une éminente experte en Asset Management. Daniel Stürzinger entre lui aussi au Conseil de fondation des deux fondations en tant que responsable de caisse de pension chevronné, juriste et représentant de la Suisse romande. Par ailleurs, les investisseurs ont approuvé les motions du Conseil de fondation concernant la révision des statuts et du règlement de fondation.

Daniel Stürzinger et Martina Müller-Kamp

Après 45 minutes, le Président du Conseil de fondation a levé les deux assemblées et pris congé en remerciant chaleureusement tous les participants pour leur excellente collaboration.

A l’issue des assemblées, les investisseurs ont été informés par voie électronique des résultats, accompagnés d’une brève vidéo de Stefano Zoffoli, stratège et responsable Multi Asset Portfolio chez Swisscanto Invest, ce qui leur a permis de ne pas faire l’impasse sur les traditionnelles perspectives du marché.

De plus, Hanspeter Konrad, Yannick Blättler et Sonja Spichtig se sont adressés par webcast aux investisseurs pour présenter le résultat de leur promesse. Celle-ci consistait à agir ensemble pour contribuer à améliorer les connaissances des jeunes adultes en matière de prévoyance.

Leurs efforts ont abouti à trois vidéos où Carmen et Jonas expliquent avec ingénuité les trois piliers de la prévoyance (1er pilier / 2e pilier / 3e pilier). Connectez-vous et partagez sans réserve !

 

 

Elections aux Etats-Unis : qu’attendre de la nouvelle administration ?

Une élection sur le fil du rasoir

Après une course très serrée et des retards prévisibles dans le dépouillement, les Etats-Unis ont élu le 3 novembre 2020 Joe Biden à la Présidence des Etats-Unis. Ce qui a fait pencher la balance, c’est la reconquête par Biden des trois Etats de l’industrie lourde du nord des Etats-Unis (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) que Trump avait décrochés en 2016.

Elections présidentielles de 2020 : Joe Biden / Donald Trump, vainqueur dans les Etats fédéraux 

Avec plus de 80 millions de voix, Biden a clairement remporté la majorité des voix du peuple et a même battu le record de Barack Obama en 2008. Toutefois, les Démocrates n’ont pas remporté la victoire écrasante que des sondages prometteurs leur laissaient espérer. Leur désillusion s’est doublée de leur échec à obtenir la majorité au Sénat. Comme attendu, Donald Trump a annoncé qu’il combattrait par la voie judiciaire sa défaite annoncée ; vu la netteté du résultat, ses tergiversations juridiques n’ont cependant que peu de chances d’influencer encore les élections de manière décisive. Néanmoins, il devrait encore jouer les fauteurs de trouble pendant quelques semaines.

Deuxième chance de majorité au Sénat

Dans l’état actuel des dépouillements, les Républicains obtiennent 50 sièges au Sénat, contre 48 aux Démocrates. Les deux sièges restants seront attribués lors d’un deuxième tour de scrutin le 5 janvier 2021. Si les Démocrates remportaient ces deux sièges à cette occasion, ils pourraient faire égalité avec les Républicains et auraient ainsi de facto la majorité car, en cas d’égalité, la future Vice-présidente Kamala Harris aurait voix prépondérante. Toutefois, nous estimons peu probable que les Démocrates gagnent ces deux sièges lors de l’élection complémentaire. Les rapports de force au Congrès des Etats-Unis sont donc importants, parce qu’ils déterminent l’efficacité du nouveau cabinet démocrate.

Politique à escompter de la part du Président Biden

Après quatre années de présidence Trump, les électeurs américains ont choisi un changement de cap politique radical. Mais quelle est concrètement l’orientation politique du nouveau Président Biden ?

  • Priorité à la lutte contre la pandémie : Biden va se lancer de manière nettement plus décidée dans la lutte contre le coronavirus sans reculer devant des mesures radicales. En contrepartie, les secteurs et personnes concernés devraient escompter un plus large soutien public.
  • Hausses d’impôts et accroissement de la réglementation : le programme des Démocrates contient une mise en œuvre de plans d’augmentation des impôts et de dépenses ainsi qu’une gestion plus rigoureuse des questions liées à la réglementation. Il sera cependant difficile d’atteindre ces objectifs si la majorité au Sénat est républicaine.
  • Politique extérieure moins marquée par la confrontation : il y a lieu de s’attendre à ce que Biden se montre plus modéré en politique extérieure. En tant que puissance mondiale, les Etats-Unis devraient réintégrer des institutions internationales telles que l’accord de Paris sur le climat. Toutefois, Biden conservera une attitude critique envers la Chine, bien qu’en donnant un tour moins hostile au dialogue.

Si les Démocrates ne réussissent pas à obtenir la majorité au Sénat, de nombreux objectifs politiques de la nouvelle administration devraient rapidement échouer, ou tout du moins être sensiblement dilués.

Les marchés financiers se réjouissent des rapports de force partagés

Pour les marchés financiers, l’absence de vague bleue est une bonne nouvelle, car elle va imposer des compromis en politique économique ainsi que dans d’autres domaines politiques centraux. L’histoire montre que ce n’est pas nécessairement mauvais. Dans l’immédiat, la réduction de l’ampleur du stimulus fiscal attendu va peser. Mais à moyen terme, la politique monétaire aura davantage d’importance, et on sait qu’elle restera assez longtemps ultra-expansionniste. La pandémie de coronavirus continuera à représenter un risque considérable ; sous le Président Biden, des mesures d’endiguement plus efficaces sont probables, ce qui présente un risque pour les marchés financiers. La disponibilité prochaine d’un vaccin contre la COVID-19 est plus prometteuse. Bien que l’espoir d’un déploiement rapide du vaccin soit plus justifié que jamais, les dégâts économiques ainsi que les dettes accumulées ne pourront pas être annulés d’un trait de plume.

Endettement public en % du PIB

D’un point de vue économique, il est donc intéressant de savoir non seulement quand le vaccin permettra une mobilité normale, mais aussi quelles modifications structurelles la pandémie a entraînées ou accélérées. L’industrie pharmaceutique répondra prochainement à la question de la disponibilité. Il est encore trop tôt pour une évaluation définitive en ce qui concerne les changements structurels. En revanche, il est d’ores et déjà établi que chaque crise est suivie d’un redémarrage accompagné d’adaptations de nature politique, économique et sociale.

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank