De la fabrique de caoutchouc à l’entreprise de haute technologie – un entretien consacré à l’innovation et à la tradition

Urs Stadelmann est directeur de la caisse de pension de Dätwyler Holding AG. Il gère 450 millions de francs. Parallèlement, il assume encore d’autres tâches au sein du groupe. Cela ne fonctionne que parce qu’il peut s’appuyer sur une équipe dynamique et qu’il applique la devise " simplicité et pragmatisme ".

Monsieur Stadelmann, pouvez-vous nous expliquer en termes simples ce que fabrique le groupe Dätwyler ?

La chronique historique de notre entreprise s’intitule  " La force des choses insignifiantes ". Je trouve cela très approprié. Car d’innombrables produits, le plus souvent insignifiants, se retrouvent dans de nombreux domaines de la santé, de la sécurité, de la consommation et de la mobilité. Ainsi, une automobile sur deux dans le monde intègre des pièces de Dätwyler. En Suisse, nous fabriquons des pièces de précision en caoutchouc pour voitures ou des câbles en fibre optique utilisés pour l’Internet haut débit. Mais nous produisons aussi des capsules Nespresso. Au début, nous n’étions responsables que de leur étanchéité, assurée par la pose d’une mince couche de silicone. Ensuite, nous avons eu la possibilité d’assumer une étape de travail supplémentaire. Et aujourd’hui, nous fabriquons une grande partie des capsules en aluminium embouti. Mais nous devons chercher à faire toujours mieux et veiller à faire preuve d’innovation – sinon, les autres nous dépasseront.

Urs Stadelmann dirige la caisse de pension de la société Dätwyler Holding AG.

Vous parlez d’innovations – de quoi s’agit-il au juste ?

Depuis peu, nous produisons un nouveau type de capsules de café : elles sont un peu plus grandes et portent un code barre imprimé. Ainsi, la machine à café sait exactement quel café se trouve dans la capsule et quelle est la température de l’eau idéale pour libérer tous les arômes. C’est un produit du segment haut de gamme pour lequel nous avons pu marquer des points grâce à la grande qualité de nos opérations de transformation.

Auriez-vous encore d’autres exemples ?

Dätwyler IT Infra livre non seulement les câbles eux-mêmes, mais aussi toute l’infrastructure requise pour la mise en place d’un centre informatique. Une fois celle-ci  réalisée, nous la remettons au client clés en mains.

En 1915, Dätwyler a été fondée en tant que société de fabrication de câbles et de caoutchouc. Est-ce que vous fabriquez toujours de simples câbles ?

Non. Nous avons dû rechercher des créneaux spécifiques. Désormais, il existe des pays qui fabriquent les câbles usuels avec la même qualité, mais moins chers. Nous nous sommes spécialisés dans les câbles de haute qualité. Ainsi, nous fabriquons des câbles de données perfectionnés, des câbles de sécurité ou des câbles d’ascenseurs. Les exigences à cet égard sont élevées : les câbles d’ascenseurs transmettent toutes les données informatiques, par exemple lorsqu’une personne appuie sur un bouton dans l’ascenseur, qu’une annonce automatique est diffusée ou que la lumière s’allume. Ces câbles doivent être robustes et ne doivent pas s’emmêler dans la cage de l’ascenseur lorsqu’ils montent et descendent en même temps que la cabine. Même après des milliers de trajets. Le tunnel du Gothard possède également des câbles Dätwyler. Ils font partie de l’infrastructure du tunnel et doivent eux aussi répondre à des normes de sécurité rigoureuses et par exemple être résistants au feu. En outre, nos câbles équipent non seulement le Palais fédéral, mais aussi le stade Allianz-Arena à Munich et le Burj Khalifa à Dubaï.

Cela signifie que l’entreprise de caoutchouc, à laquelle les Uranais donnaient et donnent encore volontiers le surnom de " Gummi ", est devenue une entreprise de haute technologie ?

Oui, absolument. Depuis la production de câbles en fil de cuivre et de pneus pour vélos jusqu’à la technique d’étanchéité, aux emballages pharmaceutiques et aux câbles en fibre optique.

Comment cela est-il accepté dans le canton de montagne d’Uri ?

Très bien ! Nous employons environ 900 personnes dans nos usines d’Altdorf et de Schattdorf et sommes ainsi le plus grand employeur du canton. La plupart des collaborateurs vivent dans la région. Le groupe Dätwyler est implanté dans le canton depuis plus de cent ans. Par le biais de la fondation Dätwyler, nous nous engageons également fortement lors de manifestations sportives et culturelles dans tout le canton. En outre, la société fournit également des services civiques : ainsi, une fois par an, le personnel participe au " Land scheenä " sur sol uranais, c’est-à-dire va enlever les pierres dans les alpages.

Sonja Spichtig en entretien avec Urs Stadelmann au siège de Dätwyler à Altdorf.

Comment trouvez-vous le personnel qualifié dont ont besoin les usines en Suisse ?

Plusieurs facteurs y contribuent. D’une part, les collaborateurs sont très fidèles. Nombre d’entre eux restent dans l’entreprise pendant plusieurs décennies. J’ai même félicité un jour un collaborateur qui célébrait ses 50 ans dans l’entreprise. A son arrivée, il avait eu besoin d’un certificat médical attestant qu’il était physiquement apte à faire son travail. Après tout, il n’avait que 15 ans à l’époque ! D’autre part, nous formons nous-mêmes la relève, par exemple des polymécaniciens. Bien sûr, nous sommes toujours en quête de nouveaux personnels qualifiés. Surtout dans le domaine de la technologie des plastiques, nous devons souvent recruter à l’étranger : la Suisse ne possède aucune formation universitaire en la matière.

Est-il facile de convaincre ces personnels qualifiés de venir s’installer dans le canton d’Uri ?

Certains manifestent quelques réticences parce qu’ils croient que nous vivons très mal en montagne. Mais c’est faux. On est à Lucerne en une demi-heure, et à Zurich en une heure. De nombreuses personnes préfèrent faire l’aller-retour. Mais beaucoup apprécient de vivre à proximité des montagnes et du lac.

Production de capsules Nespresso à l’usine de Dätwyler à Schattdorf.

Comment avez-vous géré la situation due à la pandémie ces dernières années ?

En fait, très bien, tout au moins en Suisse. Nous avons dû adapter la production pour assurer à tout moment le travail d’équipes fixes – c’est-à-dire pour qu’il n’y ait pas de rotations au sein des équipes. Lorsqu’une personne était testée positive, toute l’équipe partait en quarantaine et une autre équipe complète pouvait intervenir à sa place. La tâche était plus facile pour les employés de bureaux, qui pratiquaient le télétravail.

Et à l’étranger ?

Là, nous ressentons encore les effets de la pandémie. En Chine par exemple, où nous avons également des usines, les règles d’entrée dans le pays demeurent très restrictives. Les techniciens qui souhaitent se rendre dans l’usine sont tenus de passer cinq semaines en quarantaine. Ce n’est tout simplement pas faisable. C’est pourquoi nous avons recherché des solutions flexibles.

À quoi cela ressemble-t-il ?

Par exemple, dans notre usine en Inde, nous avons équipé un monteur d’une bodycam, qui a permis à nos monteurs en Europe de voir les machines en Inde et de lui donner des instructions sur les interventions à effectuer. Ces contrôles sont très importants pour nous permettre de maintenir nos standards de production, même dans ces pays.

Vous gérez la caisse de pension de Dätwyler. Combien de personnes vous confient leur argent ?

Nous comptons plus de 820 membres actifs et 580 retraités. La caisse possède une fortune de l’ordre de 450 millions de francs.

Gérer autant d’argent, n’est-ce pas parfois un fardeau ?

Si, bien sûr. Surtout lorsque les marchés des actions enregistrent des corrections comme lors de la crise financière de 2008/09. Ou récemment, lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine. Mais nous suivons une stratégie de placement largement diversifiée à long terme et nous pouvons nous appuyer sur un règlement de placement solide. En outre, nous disposons de réserves pour fluctuation de valeur qui nous aident à surmonter de telles phases.

Vous occupez un poste à 60 % en tant que gérant de la caisse de pension – comment parvenez-vous à gérer cela ?

Nous avons allégé les processus autant que possible. Lorsque j’ai commencé il y a 20 ans, il existait encore quatre caisses de pension différentes pour le personnel. Aujourd’hui, nous n’en avons plus qu’une. En outre, je peux compter sur le soutien de mon équipe dynamique. Notre credo est  " simplicité et pragmatisme ", nous n’offrons qu’une solution de caisse de pension et non pas différentes variantes. Cela diminue la complexité. En outre, les effectifs du personnel ont été réduits sous l’effet de l’automatisation. Mon prédécesseur m’a confié que les usines d’Uri comptaient jadis deux fois plus de collaborateurs.

Sonja Spichtig et Urs Stadelmann avec une capsule Nespresso de dernière génération.

Vous évoquez le passé. En matière de caisse de pension, l’entreprise Dätwyler a été un précurseur : en 1948 déjà, elle créait une caisse de pension pour son personnel, bien avant que cela ne devienne obligatoire.

Oui, c’est exact. (Urs Stadelmann nous montre le règlement original de la caisse de pension de 1948.) L’idée patronale était présente très tôt : les dirigeants ont voulu assurer la prévoyance pour leurs employés et s’occuper d’eux. Ils ont construit des maisons mitoyennes sur la Dätwylerstrasse et même une piscine pour le personnel dans le bâtiment administratif – pour permettre d’apprendre à nager, car on dit qu’à l’époque, de nombreux Uranais ne savaient pas encore nager.

Vous vous occupez d’une caisse de pension de taille moyenne. Dans quelle mesure profitez-vous de l’expérience de Swisscanto Fondation de placement en tant que partenaire ?

Swisscanto Fondation de placement met à notre disposition des solutions de placement qui sont adaptées à notre situation. C’est une sorte d’organisation d’entraide : grâce à elle, nous pouvons nous associer à d’autres caisses de pension pour former une grande communauté d’achat. Nous n’attribuons pas de mandats de gestion de fortune, mais nous utilisons certains modules. L’accent est mis sur le rendement des produits, mais nous nous félicitons que la durabilité compte également beaucoup pour Swisscanto.

Aux côtés de la caisse de pension, vous assumez encore d’autres tâches dans l’entreprise. Lesquelles ?

J’aide l’entreprise lors d’acquisitions. Récemment, nous avons acheté une entreprise américaine comptant de plus de 1 000 collaborateurs qui fabrique des joints en silicone pour les prises des voitures électriques. En outre, je suis responsable de toutes les assurances du groupe. Les cyberassurances qui nous protègent en cas d’attaques de pirates sont particulièrement d’actualité. Par ailleurs, je suis responsable des impôts internationaux, des prestations de transfert et de l’imputation des coûts, et là, mon expérience d’expert-comptable m’est très utile.

Voilà qui paraît bien lourd. Ce n’est donc pas un emploi de neuf à cinq ?

Non, assurément pas. Je me lève tôt et je suis le plus souvent à 7 heures au bureau. Les réunions avec les experts en Chine et en Inde commencent à 8 heures à cause du décalage horaire. Celles avec les États-Unis ont traditionnellement lieu après 16 heures – ce qui oblige les Américains à se lever à 5 heures du matin. Le soir, je travaille généralement jusqu’à 18 heures. Mais je l’avoue, j’emporte parfois des dossiers avec moi à la maison.

Usine de Schattdorf – les capsules Nespresso sont emballées et préparées pour le transport.

Et le week-end ?

Je ne travaille pas. En tout cas, le plus souvent. Il est fermement ancré dans notre culture d’entreprise que l’on s’accorde une pause le week-end.

Comment vous détendez-vous ?

Pendant la pause de midi, je rentre généralement chez moi pour déjeuner avec ma famille ! C’est un grand privilège de pouvoir manger avec ma femme et nos deux enfants. Le week-end, je fais souvent du vélo électrique avec ma femme, par exemple sur la montagne de Schattdorf, le Haldi. J’aime aussi beaucoup la randonnée. Le canton d’Uri est un véritable paradis pour randonneurs. En hiver, je pratique le ski, bien sûr. En revanche, on me voit rarement au bord du lac d’Uri. Je suis plutôt un montagnard.

Une dernière question : sur le parking de l’entreprise, j’ai découvert les immatriculations UR 1, UR 2 et UR 3. Est-ce un hasard ?

Non (il rit). Les numéros UR 1, 2, 3 et 7 appartiennent à l’entreprise et peuvent être utilisés par les membres du conseil d’administration et de la Direction du groupe tant qu’ils exercent leurs fonctions. Cette concentration est probablement unique en Suisse. Elle s’explique par notre fondateur Adolf Dätwyler, qui était fan de technique et a commencé à acheter des voitures très tôt.

Urs Stadelmann, un grand merci de nous avoir accordé ce passionnant entretien !

 

Nouvelle possibilité pour les caisses de pension suisses : le groupe de placement en private equity consacré à la décarbonisation

Swisscanto Fondation de placement se propose de lancer un groupe de placement en private equity baptisé " Swisscanto FP Private Equity World Carbon Solutions I ", entièrement consacré au sujet d’avenir de la décarbonisation. Les caisses de pension bénéficieront ainsi d’une solution de placement prometteuse qui dynamise tant le rendement recherché que la diversification et la durabilité. La phase de souscription pour la première clôture a débuté.

Auteurs :
Andreas Nicoli et Charlotte Jacobs, Private Equity, Asset Management de la Zürcher Kantonalbank en tant que gérante de fortune du groupe de placement " Swisscanto FP Private Equity World Carbon Solutions I "

L’urgence de la décarbonisation est une évidence, et pas seulement depuis les dernières publications du GIEC. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens d’accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le volume d’investissements annuel mondial pour atteindre les objectifs climatiques poursuivis est estimé à 2 500 milliards de dollars, soit entre 2 et 4 % du produit intérieur brut mondial.

Selon certaines estimations, l’utilisation soutenue de technologies établies faibles en émissions, notamment de l’éolien, de l’hydraulique et du solaire, réduirait les émissions dans le secteur de l’énergie de 65 %. Pour les 35 % restants, des avancées technologiques devront être réalisées dans des domaines qui en sont encore à leurs premiers balbutiements.

A la recherche de perles de la décarbonisation

Dans divers secteurs, les technologies de décarbonisation présentent un potentiel disruptif et ouvrent aux investisseurs les portes d’un grand marché présentant des chances de rendement attrayantes. C’est pourquoi Swisscanto Fondation de placement va lancer un groupe de placement en private equity consacré au thème d’avenir qu’est la décarbonisation. Ce groupe investira à 100 % dans Swisscanto (CH) Private Equity World Carbon Solutions I KmGK – une société d’investissement en amont qui recherche délibérément des start-up prometteuses fabriquant des alternatives innovantes et pauvres en CO2 à des produits et services établis. L’accent de ces investissements porte sur les trois domaines suivants :

Energie

  • Efficacité énergétique (construction à faible utilisation de CO2, " villes intelligentes ")
  • Energies renouvelables à l’exception des infrastructures (solaire, éolien, hydraulique)
  • Distribution et stockage de l’énergie (réseaux, batteries)

Mobilité

  • Mobilité respectueuse de l’environnement (transports publics et logistique, trafic individuel)
  • Carburants et matériaux alternatifs (carburants synthétiques, hydrogène, matériaux légers)

Efficacité des ressources

  • Industrie pauvre en CO2e (optimisation des chaînes d’approvisionnement, de captage et de stockage du carbone)
  • Production alimentaire (produits végétaux, agriculture verticale)
  • Économie circulaire (gestion des déchets, recyclage, emballages durables)
  • Gestion des terrains (fertilisation précise, capteurs intelligents)

Rendement cible : taux net de rentabilité intrinsèque (net IRR) de 12 à 14 %

Un rendement attrayant des placements est au cœur de chacune de nos décisions de placement. Le portefeuille sera diversifié à l’échelle mondiale, avec des participations directes et indirectes dans les entreprises.

Qui pourra investir dans ce groupe de placement ?

Le groupe de placement " Swisscanto FP Private Equity World Carbon Solutions I " domicilié en Suisse sera ouvert aux institutions de prévoyance suisses qui recherchent un module diversifié sur le plan mondial et optimisé au niveau des coûts pour la classe de placement en private equity mettant l’accent sur la décarbonisation. L’apport minimum de capitaux est de CHF 500 000.–.

Interview

" Les gagnants de demain seront verts "

Le nouveau groupe de placement " Swisscanto FP Private Equity World Carbon Solutions I " est la toute dernière innovation en date émanant de l’Asset Management de la Zürcher Kantonalbank. Andreas Nicoli, responsable Private Equity, Asset Management de la Zürcher Kantonalbank, explique comment la gestion de portefeuille cherche et trouve les " gagnants de demain ".

Interview d’Andreas Nicoli, responsable Private Equity, Asset Management de la Zürcher Kantonalbank

Qu’est-ce qui a poussé l’Asset Management de la Zürcher Kantonalbank à mettre sur les rails une solution de placement en private equity focalisée sur les investissements dans les technologies réduisant les gaz à effet de serre ?

Nous en sommes convaincus : les gagnants de demain seront verts. Cela englobe des entreprises ayant des produits et des services innovants et évolutifs qui réduisent les gaz à effet de serre. Cet engagement aidera à atteindre les objectifs de Paris en faveur du climat.

Comment trouverez-vous des entreprises appropriées qui transformeront vos objectifs de rendement en réalité ?

Notre vaste équipe d’investisseurs passe constamment au peigne fin le marché européen avec le concours d’experts venant de tiers renommés pour y découvrir des investissements adaptés. Pour les placements en Amérique du Nord et en Asie, nous sélectionnons les meilleurs asset managers, nous accédons à leurs placements collectifs et nous obtenons en même temps des possibilités de co-investissements. Si une entreprise nous intéresse, nous réalisons une procédure de vigilance approfondie et nous évaluons les opportunités d’investissement selon différents facteurs tels que l’espérance de rendement, la durabilité, l’équipe de management, l’opportunité de marché ou le positionnement sur le marché. En outre, une vérification de vigilance est généralement effectuée sur place, ainsi que des entretiens de référence et des examens formels sur le plan financier, sur le plan juridique et en matière de brevets.

Comment faut-il se représenter la mise en œuvre de la durabilité dans le processus de placement ?

En s’inspirant de la politique de durabilité actuelle pour les placements cotés en bourse, nous avons créé pour la première fois une mise en œuvre nouvelle et focalisée sur un thème pour les placements non cotés. Celle-ci repose sur trois piliers : les exclusions, la réduction du CO2e ainsi que l’intégration des critères ESG. Dans le cas des placements directs potentiels, nous déterminons si leur technologie ou leur service réduit de manière avérée les CO2e, les évite ou les capture. Pour cela, nous pouvons recourir à notre solide équipe de recherche d’actions ESG. Celle-ci nous aide avant tout à analyser le secteur et organise l’accès à des entreprises établies sur le marché.

 

 

Mentions juridiques
Le présent document sert à des fins d’information et de publicité et ne constitue ni un conseil, ni une recommandation d’acquérir, de détenir ou de vendre des instruments financiers ou d’obtenir des produits ou des services ; de même, il ne constitue pas la base d’un contrat ou un engagement de quelque nature. Le présent document s’adresse exclusivement à des investisseurs qualifiés au sens de l’art. 1 OFP. Il a été établi par Swisscanto Fondation de placement avec tout le soin requis et peut contenir des informations venant de sources tierces soigneusement sélectionnées. Néanmoins, Swisscanto Fondation de placement n’accorde aucune garantie quant à l’exactitude et à l’exhaustivité des informations qui y figurent et décline toute responsabilité pour les préjudices susceptibles de découler de l’utilisation de ce document. Il est recommandé au destinataire d’examiner les informations, le cas échéant en recourant à un conseiller, en vue de voir si elles sont conciliables avec sa situation personnelle ainsi que de les étudier sur le plan de leurs incidences juridiques, réglementaires, fiscales et autres. Swisscanto Fondation de placement peut modifier à tout moment et sans préavis les informations contenues dans le présent document. Les éventuelles indications relatives à la performance historique ne constituent pas un indicateur de la performance actuelle ou future. Les éventuelles estimations figurant dans le document en rapport avec des rendements et des risques futurs servent uniquement à des fins d’information. Swisscanto Fondation de placement n’assume aucune garantie à cet égard. Tout investissement est lié à des risques, notamment des risques de fluctuation de valeur, de rendement et éventuellement de change. Pour le produit décrit dans le présent document, il convient en outre de tenir compte des risques particuliers et accrus liés aux placements en private equity (par exemple risques d’évaluation, de défaillance, de liquidité, etc.). S’agissant des indications en matière de durabilité, nous signalons qu’il n’existe aucun référentiel généralement accepté ni aucune liste de facteurs valable de façon générale qu’il conviendrait de respecter pour garantir la durabilité des placements. Le présent document ne constitue pas une recherche indépendante, et n’est donc pas soumis à la " Directive visant à garantir l’indépendance de l’analyse financière " publiée par l’Association suisse des banquiers. La souscription de parts du groupe de placement de Swisscanto Fondation de placement décrit dans ce document repose à titre de base généralement contraignante sur le prospectus de ce groupe de placement assorti des directives de placement intégrées ainsi que sur son bulletin de souscription.

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Étude 2022 sur les caisses de pension : cela faisait longtemps que les rendements n’avaient pas été aussi élevés

Les réserves ont été alimentées et les taux de conversion abaissés : l’étude Swisscanto sur les caisses de pension présente la prévoyance professionnelle sous un jour favorable. Des experts ont formulé des conseils permettant aux caisses d’aborder l’avenir en toute sécurité.

L’année 2021 a été à marquer d’une pierre blanche pour les caisses de pension : celles-ci ont réalisé un rendement moyen de 8,4 % – largement au-dessus de la moyenne sur 10 ans de 5,4 %. Telle est l’une des nombreuses nouvelles réjouissantes que Stephanino Isele, membre de la Direction générale de la Zürcher Kantonalbank, a communiquées aux quelque 300 spécialistes présents. Le 8 juin, il présentait en effet au Messezentrum de Zurich les résultats de la dernière édition de l’étude Swisscanto sur les caisses de pension, à laquelle 475 institutions de prévoyance avaient pris part. Ces dernières représentent près des deux tiers des assurés en Suisse.

Stephanino Isele, membre de la direction générale de la Zürcher Kantonalbank, a été ravi des résultats de l’étude sur les caisses de pension.

Les caisses se sont refait une santé
Une performance aussi réjouissante ne va pas de soi dans un contexte de taux d’intérêt nuls et alors que l’espérance de vie s’allonge, a déclaré Stephanino Isele, qui a tressé une couronne de lauriers aux caisses de pension. Celles-ci ont su profiter de la situation favorable : " Grâce à ces rendements élevés, les caisses ont pu se refaire une santé pour l’avenir. " Elles y sont essentiellement parvenu en portant leurs efforts sur cinq domaines : en adaptant la rémunération des avoirs de vieillesse, en alimentant leurs réserves pour fluctuation de valeur, en affinant leurs prévisions pour l’espérance de vie sous-jacente ainsi que le taux de conversion et en adaptant les taux à la rémunération des capitaux des retraités.

Le responsable Key Account Management de la Zürcher Kantonalbank, Heini Dändliker, a souligné que la redistribution des actifs aux retraités a pu être stoppée.

Arrêt de la redistribution des actifs vers les retraités
Les rendements élevés ont également accru les réserves des caisses en faisant passer le taux de couverture moyen à 122,1 %. Ces réserves ont donné davantage de marge de manœuvre pour rémunérer les avoirs de vieillesse des assurés en activité. " Voilà de bonnes nouvelles ", a déclaré Heini Dändliker, responsable Key Account Management à la Zürcher Kantonalbank, en expliquant : " Cela a permis de stopper la redistribution des actifs vers les retraités. "

Tendance à se détourner des obligations

L’animateur Martin Spieler a évoqué rétrospectivement une année de rêve pour les caisses de pension. En revanche, la situation actuelle semble plutôt cauchemardesque. " Quelles seront les répercussions sur les caisses de pension des crises économiques et politiques actuelles ? ", a-t-il demandé. Iwan Deplazes, responsable Asset Management à la Zürcher Kantonalbank, l’a rassuré : " Les caisses de pension sont armées pour faire face à des situations telles que celles que nous traversons en ce moment. " Elles ont tiré les enseignements du passé et réduit leur part d’obligations. En conséquence, la part des actions dans le portefeuille est élevée : elle atteint le niveau record de 33,7 %.

Le point crucial : le mix des placements
La performance d’ensemble des caisses a beau avoir été excellente, les différences sont marquées. La caisse de pension ayant enregistré le rendement le plus faible n’a atteint qu’un pourcentage de 1,3 %, alors que celle qui a obtenu le plus grand succès engrangeait 16 % – soit plus de dix fois plus. Iwan Deplazes a expliqué : " Les grandes caisses ont eu tendance à afficher une performance meilleure que les petites. " Mais la branche et l’allocation de fortune ont également influé sur le résultat. " Je m’étonne de voir à quel point la Berne fédérale parle peu des rendements des placements ", a déclaré Iwan Deplazes. Le rendement, le " tiers cotisant ", est pourtant l’élixir de vie des caisses.

Iwan Deplazes, responsable Asset Management de la Zürcher Kantonalbank, a souligné l’importance d’une bonne allocation d’actifs pour les caisses.

Réforme de la LPP : déjà réalisée dans de nombreuses caisses
L’étude a fait apparaître des éléments surprenants à propos de la déduction de coordination : celle-ci est actuellement fixée à CHF 25 095,­­-. En d’autres termes, les salariés ne peuvent assurer auprès de la caisse de pension que la part du salaire découlant du salaire annuel brut moins la déduction de coordination. Cela défavorise les personnes à faibles revenus ainsi que les travailleurs à temps partiel – souvent des femmes. L’étude montre que 86 % des institutions interrogées font déjà preuve de plus de flexibilité que selon les règles applicables   : elles pondèrent la déduction de coordination en fonction du taux d’occupation, offrent une déduction variable en fonction du salaire ou y renoncent entièrement. " La plupart des caisses de pension sont bien en avance sur la politique ", a résumé Heini Dändliker de la Zürcher Kantonalbank. De même, sur le plan du seuil d’accès, les caisses sont plus flexibles que ce que prévoit la loi. Actuellement, le seuil est fixé à CHF 21 510,­­–. Les personnes qui gagnent moins doivent s’attendre à ce qu’une caisse de pension ne les assure pas. Mais là aussi, un quart des caisses accorde déjà aux travailleurs à bas salaires l’accès à la prévoyance professionnelle.

Doris Bianchi (Publica), Sergio Bortolin (caisse de pension ASGA), Martin Spieler, animateur et Iwan Deplazes de la Zürcher Kantonalbank (de gauche à droite) lors du débat.

Les assurés doivent profiter des bénéfices
Lors de la table ronde qui a suivi, Martin Spieler a voulu savoir si les bons rendements allaient désormais entraîner une hausse des rentes. Doris Bianchi, de la caisse de pension Publica qui appartient à la Confédération, a douché ces espoirs : " Les augmentations de rentes en cours ne sont pas à l’ordre du jour pour l’instant. " Mais Publica tente de " faire un pas en avant " sur le front de la rémunération en proposant aux assurés en activité de leur servir des intérêts plus élevés. Sergio Bortolin représentait la caisse de pension Asga, une institution de prévoyance commune pour PME. Lui aussi s’est exprimé contre une augmentation des rentes. Il voit une autre possibilité de répercuter les bénéfices des marchés des actions, par exemple en versant une 13e rente. " Concrètement, elles doivent consolider leurs connaissances sur les placements et diversifier ces derniers. Deplazes a lancé un appel aux caisses pour qu’elles utilisent leurs réserves et leur capacité de risque de manière ciblée. Car " même un risque qui n’est pas encouru demeure un risque ".

Vers le communiqué de presse

Vers les résultats de l’étude et les diverses déclarations

Vers les photos de la présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension à Zurich

 

La BNS sort de sa réserve

La Banque nationale suisse relève son taux directeur

Après que la Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé son taux directeur de 0,75 point de pourcentage lors de sa réunion du 15 juin, et alors que la Banque centrale européenne (BCE) a déjà préparé les marchés financiers à de prochaines hausses de taux, la Banque nationale suisse (BNS) a décidé de sortir de sa réserve. Le 17 juin, elle a surpris en relevant son taux directeur et le taux des dépôts à vue d’un demi-point de pourcentage, à -0,25 %. La hausse de l’inflation préoccupe la BNS. Bien que le renchérissement en Suisse ait été inférieur à la moyenne internationale, la BNS s’est vue contrainte d’agir avant la BCE car le mandat de stabilité des prix a la priorité absolue. La BNS se réserve certes le droit de rester active sur le marché des changes mais le franc suisse n’est désormais plus considéré comme surévalué.

Cette année, l’inflation en Suisse dépasse nettement la fourchette cible

Dans ses nouvelles prévisions d’inflation conditionnelles, la BNS part du principe que l’inflation en Suisse, estimée à 2,8 % pour l’année, dépassera nettement l’objectif de la banque centrale qui se situe entre 0 et 2 %. L’année prochaine, elle table sur un taux d’inflation dans la fourchette cible, c’est-à-dire de 1,9 %, grâce au relèvement actuel des taux. Comme l’indique la BNS, il n’est pas exclu que de nouvelles hausses de taux deviennent nécessaires dans un avenir proche. Selon nous, il est très probable que la BNS luttera contre l’inflation de manière plus vigoureuse et relèvera encore le taux directeur de 0,5 % dès sa prochaine évaluation de la situation monétaire. Voilà qui pourrait mettre fin à la politique de taux négatifs en septembre 2022. Nous estimons désormais le taux de référence de la BNS à 0,5 % pour la fin 2022.

Nouvelles valorisations sur les marchés des obligations et des actions

Les taux d’intérêt suisses ont déjà nettement augmenté sur l’ensemble des échéances après les dernières réunions de la BCE. En l’espace d’une semaine, les rendements des obligations d’État suisses à 10 ans ont beaucoup progressé. Compte tenu de l’inflation toujours étonnamment élevée, les principales banques centrales se montrent bien plus restrictives et les marchés financiers, tout comme nous, tablent désormais sur des niveaux de taux directeurs plus élevés en Europe. Cela a entraîné des revalorisations sur les marchés obligataires et justifie des rendements réels plus élevés à l’extrémité longue de la courbe des taux. Les attentes du marché quant au resserrement de la politique monétaire des banques centrales se reflètent désormais dans les cours des obligations, c’est pourquoi nous nous attendons à une pause temporaire dans la hausse des rendements. En réaction initiale à la communication de la BNS, le franc suisse a également gagné en vigueur. Étant donné que la différence de taux ne va pas se réduire par rapport aux autres régions monétaires, nous ne prévoyons pas d’appréciation durable du franc suisse. En réaction à la décision de la BNS sur les taux, le marché suisse des actions a subi de nouvelles pertes. Les prestataires de services financiers sensibles aux taux d’intérêt ainsi que les secteurs cycliques ont enregistré des pertes supérieures à la moyenne, tandis que les secteurs défensifs ont connu une évolution un peu meilleure, mais toujours largement négative.

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank

Parvenir à la croissance malgré un contexte difficile et diriger des équipes de haut niveau

Rapport des assemblées des investisseurs des Swisscanto Fondations de placement

La 48e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement et la 15e assemblée des investisseurs de Swisscanto Fondation de placement Avant ont eu lieu à Lucerne sous l’imposant toit du centre de conférences KKL, qui offre une superbe vue sur le lac et la ville. Ces assemblées ont offert aux participants de passionnants exposés techniques ainsi qu’un coup d’œil dans les coulisses du football de haut niveau, qui présente d’étonnants parallèles avec le monde de l’économie.

Davide Pezzetta, Président du conseil de fondation, salue les invités au KKL de Lucerne.

Les photos de ces manifestations figurent ici.

Davide Pezzetta, Président du conseil de fondation, a accueilli les invités, puis passé la parole à Leo Grüter, membre de la Direction de la Banque cantonale de Lucerne (Luzerner Kantonalbank), qui a fait découvrir aux participants le canton de Lucerne loin des clichés touristiques. " Un centre économique marqué par un grand nombre de PME en parfaite santé. " M. Grüter, natif de Willisau, a également expliqué, au grand amusement des participants, la bonne technique pour déguster les célèbres biscuits en anneau de Willisau : " Il ne faut pas que cela crisse sous les dents. "

Leo Grüter, membre de la Direction de la Luzerner Kantonalbank, explique, à l’amusement général des participants, l’art et la manière de déguster les célèbres biscuits " Willisauer Ringli ".

Sonja Spichtig, Directrice de Swisscanto Fondations de placement, a présenté un rapport sur l’exercice marqué par la pandémie de coronavirus et au cours duquel les marchés financiers ont connu une évolution nettement plus dynamique que l’économie réelle. Au 30 juin 2021, les Swisscanto Fondations de placement géraient une fortune de CHF 19,6 milliards qui a donc à nouveau progressé malgré un contexte difficile.

Tous les points à l’ordre du jour des assemblées des investisseurs ont été adoptés quasiment à l’unanimité. Les trois membres sortants du conseil de fondation, Davide Pezzetta, Stephanino Isele et Thomas Keller, ont été réélus pour un nouveau mandat de quatre ans, tout comme l’organe de révision KPMG. Ces décisions ont été suivies par les traditionnelles perspectives du marché, exposées par Stefano Zoffoli, stratège en placements et responsable Multi-Asset Portfolio de Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank.

" Every spread you’ll take, I’ll be watching you ! " C’est avec cette citation légèrement modifiée d’une célèbre chanson pop que M. Zoffoli a résumé avec pertinence ce qui caractérise actuellement le travail sur le marché des placements : " Il faut tout passer au peigne fin pour trouver du rendement. " Le point culminant de la reprise économique est atteint, selon lui, et il faut escompter un ralentissement de la conjoncture. M. Zoffoli a notamment montré que le marché du travail aux États-Unis comptait encore 150 millions de travailleurs avant la COVID et qu’il n’en est plus qu’à 140 millions. " Il faudrait une croissance de 1 million par mois pour retrouver en un an à peu près la situation d’avant la pandémie – voilà un objectif extrêmement ambitieux. " Alors que les optimistes s’attendent à une vague de reprise, justifiée en partie par les investissements dans les infrastructures et en partie par les mesures en faveur de la protection du climat, les réalistes font valoir le recul de la mondialisation et la position de la Chine, qui a perdu son statut de locomotive de la conjoncture. " Nous continuerons à avancer comme des escargots ", redoute M. Zoffoli, " mais tout de même avec une croissance modérée. " L’inflation inquiète surtout dans les pays anglo-saxons et dans la zone euro, mais pratiquement pas en Suisse ni au Japon. D’ailleurs, le Japon se révèle une fois de plus le " roc dans la tempête d’es emprunts d’Etat, car les choses y évoluent peu de façon générale, tant à la hausse qu’à la baisse. " En revanche, M. Zoffoli se montre plus prudent envers la Chine ainsi que les marchés émergents. Sa recommandation : " Pour les emprunts d’Etat, acheter des produits protégés contre l’inflation et privilégier les échéances longues ", car il faut s’attendre à ce que la politique monétaire généreuse soit peu à peu supprimée dans les pays anglo-saxons. Cela aura des incidences négatives à court terme, mais positives à long terme. Son équipe et lui sont généralement positionnés " de manière défensive jusqu’à la fin de l’année. "

Stefano Zoffoli, stratège en placements et responsable Multi-Asset Portfolio de Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank livre des aperçus personnels dans son exposé consacré aux perspectives du marché.

" Comment diriger des équipes ultra performantes ? " Pour répondre à cette question, M. Bernhard Heusler, ancien avocat d’affaires, président d’honneur du FC Bâle et depuis 2018 associé de l’agence de conseils HEUSLER WERTHMÜLLER HEITZ, Bâle, a mené les participants dans les coulisses du football de haut niveau lors de la deuxième partie de la manifestation. Il a mis au jour des parallèles aussi impressionnants que divertissants avec le monde de l’économie : " Le monde du football en tant que partie du secteur mondial du divertissement ne fait guère de sentiments, a-t-il déclaré. " En fin de compte, là aussi, le but est de tirer le maximum des ressources disponibles. " Des vidéos et des photos saisissantes ont accompagné les 10 enseignements de M. Heusler, placés sous le slogan : " Pour mener des gens, il ne s’agit pas d’être le meilleur. Il faut essayer de devenir meilleurs ensemble. "

" Ce que nous aimons dans le football, c’est son côté imprévisible et incontrôlable, alors que c’est ce que nous détestons dans l’entreprise ", a déclaré M. Heusler en résumant l’ambivalence découlant de la combinaison entre le jeu et l’obligation de gagner. Comment diriger des équipes dans un environnement où " l’hystérie est la norme " ? M. Heusler ne croit pas à des théories de direction uniformes et valables dans tous les cas de figure. La direction n’est d’ailleurs ni un privilège, ni un mérite, mais " une tâche personnelle quotidienne et un défi ". " C’est le prix du rôle que l’on a choisi de jouer. " Ce rôle s’accompagne cependant aussi de la nécessité de supporter ceux qui n’assument aucune responsabilité. Souvent, ceux-ci se complaisent dans le rôle de " spécialistes de leur domaine  ", qui observent, jugent et condamnent tout sans quitter leur position confortable. C’est justement à ces " héros de la troisième mi-temps " que M. Heusler aurait parfois voulu échapper, a-t-il avoué, avant d’ajouter : " Ceux qui ont du pouvoir ont automatiquement une obligation de rendre des comptes et finissent par être récompensés précisément pour cela. "

Bernhard Heusler, ancien avocat d’affaires, président d’honneur du FC Bâle et depuis 2018 associé de l’agence de conseils HEUSLER WERTHMÜLLER HEITZ à Bâle, fait entrer les invités dans les coulisses du football de haut niveau.

Sa force, souvent critiquée, a été sa volonté de dialoguer, a expliqué M. Heusler. " Mais se confronter activement à des gens qui pensent différemment ne signifie pas nécessairement changer de camp. Le dialogue permet de saisir des chances, par exemple d’anticiper, voire d’empêcher des événements individuels susceptibles de générer de fortes atteintes à l’image. " Ce qui marche dans un environnement de haut niveau, a déclaré avec conviction l’ancien président de club, ce n’est pas la carotte et le bâton – administrés depuis un hélicoptère –, mais la proximité et la continuité. " La confiance fondamentale dans l’équipe est la base de l’optimisation individuelle et collective des performances. " Pour cela, il ne suffit pas de fixer en début d’année la date du repas de Noël et ensuite de disparaître. Il vaut mieux se réjouir ensemble de chaque but, par exemple autour d’une bière bien méritée. Il est juste que les joueurs sur le terrain célèbrent avec décontraction le premier but marqué à la cinquième minute alors même qu’ils ignorent comment le match va se terminer. En effet : " Quel est en réalité le sens du football ? Des titres, des succès, de l’argent ? " a demandé M. Heusler à la cantonade, avant de répondre lui-même : " Le plaisir ! "

Visiblement gagné par cet enthousiasme et cette inspiration, le public s’est ensuite rendu au déjeuner pour saisir cette occasion " d’échanger enfin à nouveau en personne ", comme l’avait déjà relevé Sonja Spichtig avec plaisir au début de la manifestation.

Les photos de ces manifestations figurent ici.

Un travail de longue haleine et une communauté familiale efficace marquent cet établissement traditionnel qui fêtera bientôt ses 200 ans d’existence

Lucas Locher, représentant de la sixième génération, a cédé l’an dernier la direction de l’entreprise familiale Leder Locher AG. Aujourd’hui, il se concentre sur sa fonction de responsable de la caisse de pension. Son entretien avec Sonja Spichtig évoque les périodes troublées qu’a traversées cette entreprise de tradition implantée au Münsterhof de Zurich, et qui, depuis près de deux siècles, séduit les voyageurs exigeants en leur proposant des accessoires de grande qualité.

Monsieur Locher, qu’est-ce que cela veut dire d’appartenir à une famille d’entrepreneurs dont le magasin est, à Zurich, le symbole même des accessoires élégants ?

En tout cas, cela ne signifie pas être né avec une cuillère d’argent dans la bouche ! J’ai commencé par faire un apprentissage de serrurier-constructeur, mais avant même qu’il ne soit fini, je passais déjà le week-end à travailler dans la restauration pour gagner de l’argent. Cela m’a permis de financer mes voyages en Equateur où je rendais visite à une jeune femme qui avait conquis mon cœur quand elle était étudiante à Zurich. Les relations à distance existaient déjà à l’époque, mais elles étaient infiniment plus compliquées. On a du mal à s’imaginer aujourd’hui ce que signifie échanger des messages quand ils mettent cinq semaines à parvenir à leur destinataire. Nous avons tenu le coup pendant cinq ans – et nous sommes toujours mariés aujourd’hui.

Sonja Spichtig s’entretient avec Lucas Locher, chef de la Fondation du personnel de Leder Locher AG.

De 2000 à 2020, vous avez été membre de la Direction, mais aussi Directeur de Leder Locher AG à partir de 2010. Quand et pourquoi avez-vous suivi les traces de votre père et de vos aïeux ?

L’explication vient d’un diagnostic qui m’a été posé il y a près de trente ans : sclérose en plaques. Auparavant, j’avais dirigé un établissement de restauration pendant des années, avant de travailler pour SR Technics, mais quand j’ai appris ma maladie, il est devenu évident que j’allais devoir faire un travail physiquement moins difficile. " Emigrer en Equateur ou entrer dans l’entreprise familiale ", telles étaient les options qui s’ouvraient à moi. Entre-temps, j’avais repris les études en suivant une deuxième formation, je m’étais formé au management et je pouvais donc occuper le poste du comptable qui partait justement en retraite.

Votre regard sur l’histoire familiale a-t-il changé à ce moment-là ?

En parcourant les chroniques familiales, j’ai été particulièrement impressionné par la période de la guerre et de l’entre-deux-guerres. A l’époque, notre établissement a dû surmonter des périodes tout aussi difficiles que celle d’aujourd’hui. La dernière année et demie a été malheureusement assombrie par la fermeture de filiales. Le commerce de détail souffrait déjà beaucoup avant la pandémie, mais celle-ci a beaucoup compliqué les choses. J’ai découvert dans ces chroniques que pendant la guerre, mes ancêtres s’étaient montrés incroyablement inventifs – bien avant que l’innovation ne soit devenue un mot à la mode. A l’époque, ils avaient mis en place dans l’immeuble voisin un marché en gros d’articles de cuir et avaient également développé des produits pour animaux, des colliers et des laisses pour chiens par exemple, ou des licols pour vaches ou chevaux. Je suis fasciné de voir le parallèle avec la redécouverte de l’amour des Suisses pour les animaux pendant la pandémie. N’est-il pas intéressant de voir qu’en temps de crise, les gens, hier comme aujourd’hui, se tournent à nouveau vers les animaux ?

A quoi cela tient-il, selon vous ?

Peut-être les animaux transmettent-ils du réconfort ou un sentiment de sécurité. A cause des règles d’isolement, certaines personnes ont peut-être voulu ressentir davantage de proximité ou simplement recommencer à faire de l’exercice.

Je suis ravie que nous ayons à nouveau le droit de fréquenter les belles boutiques, comme celle-ci au Münsterhof ! Est-ce que l’immeuble appartient à votre famille ?

Oui, les numéros 18 et 19, que nous appelons " la maison jaune et la maison grise ", appartiennent toujours à la famille ou plutôt à " l’indivision de famille ". Cette forme particulière de communauté héréditaire a été choisie jadis pour ne pas devoir fractionner la propriété après la mort du fondateur et continuer à la diriger en commun. Les quelque 200 membres de la famille Locher (dont certains sont d’ailleurs éparpillés un peu partout dans le monde) constituent une des dernières indivisions de famille encore en place en Suisse.

Lucas Locher, représentant de la sixième génération, souhaite que ‘Leder Locher’ ne soit pas seulement connue des grands-mères, mais aussi de leurs petites-filles.

C’est maintenant un représentant de la septième génération qui dirige les affaires : votre neveu Valentino Velasquez.

Exact ! Il faut des jeunes qui comprennent les tendances de notre époque et s’adressent à un public plus jeune. ‘Leder Locher’ ne doit pas seulement être connue des grands-mères, mais aussi de leurs petites-filles ! Nous nous battons passionnément pour séduire une clientèle jeune, sensible à la qualité et à l’environnement. Nous avons abandonné la production il y a des années, mais nous avons renforcé notre collaboration avec des créateurs et des ateliers innovants. Vous trouverez chez nous des sacs fabriqués dans des textiles " végans ", que l’on appelait d’ailleurs jadis le " similicuir ", ainsi que des produits réalisés dans des matières nouvelles telles que les pelures de pommes, le bambou ou même des sacs de ciment usagés du Cambodge.

Après avoir quitté la production, vous êtes resté à la tête de la Fondation du personnel de Leder Locher AG. Qu’est-ce qui vous a attiré dans cette fonction ?

Il faudrait plutôt parler d’un poste de " trésorier ", car la fortune que gère la caisse n’est pas considérable. Je me suis initié peu à peu à ce sujet, en me laissant guider par mon intérêt pour la politique mondiale et la politique sociale. La combinaison entre l’économie financière et l’économie réelle est passionnante, et leurs interactions le sont encore plus. Ce qui se passe sur les marchés financiers se retrouve tôt ou tard dans l’économie réelle.

Il est inhabituel qu’une aussi petite PME gère une caisse indépendante.

Bien entendu, il faut se demander, et nous nous posons la question régulièrement, s’il ne vaudrait pas mieux s’affilier à une fondation collective. Jusqu’ici, nous ne l’avons pas fait parce que nous tenons beaucoup à la proximité avec nos employés. Ils sont heureux de pouvoir adresser leurs questions à quelqu’un qu’ils connaissent. Plus ils sont âgés, plus ils viennent me trouver fréquemment pour m’interroger. Mon grand-père, qui tenait beaucoup au bien-être de ses employés, disait toujours : " Nous ne pouvons pas verser de gros salaires, alors nous devons essayer d’en faire un maximum pour nos collaborateurs par des avantages annexes. " Autrefois, la contribution de l’employeur était chez nous de 80% et aujourd’hui, elle reste encore très généreuse, à 60%.

L’établissement de tradition au Münsterhof à Zurich séduit depuis près de deux cents ans les voyageurs exigeants avec des accessoires de haute qualité.

On lit sur le site web de l’entreprise que " The Locher Way " se caractérise notamment par une bonne dose d’humour. Est-ce également votre devise ?

En tout cas, je suis quelqu’un qui positive. Cela ne sert à rien d’avoir des pensées négatives. Peut-être est-ce dans ma nature, et peut-être que ma naissance au Pérou m’a inoculé un peu de la joie de vivre sud-américaine. Comme je suis impatient, il m’arrive de trébucher parce que j’oublie mon handicap et que je ne marche pas assez lentement. Cela peut être fâcheux pour la personne qui m’accompagne, mais moi, cela me fait rire. Un bon ami qui est judoka m’a montré comment faire pour mieux tomber. Je me blesse aux mains, tout au plus, mais jamais à la tête.

Il me semble que cette force qui permet de surmonter une chute et de se remettre rapidement sur pieds parcourt toute l’histoire de l’entreprise Leder Locher AG. Que souhaitez-vous à l’entreprise pour ses 200 ans l’an prochain ?

Vous avez raison : notre histoire est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. Aujourd’hui, nous traversons des eaux turbulentes. Je nous souhaite à tous de célébrer ensemble l’année prochaine et de connaître à nouveau des périodes heureuses qui renouent avec le bon vieux temps.

Merci, Monsieur Locher, de nous avoir accordé cet entretien et d’avoir exprimé ce souhait, auquel nous souscrivons bien sûr de grand cœur.

Inflation ou reflation?

Faut-il redouter l’inflation ?

Le renchérissement progresse – c’est indéniable. Mais les milieux spécialisés sont tous d’avis que cette évolution n’est que temporaire et que les banques centrales ont la situation bien en main. La crainte d’une dépréciation incontrôlée de l’argent est donc exagérée. Mais comment les experts arrivent-ils à cette appréciation ? Avec l’inflation, rien n’est pas tout noir ou tout blanc. Elle doit être évaluée selon son contexte chronologique et les défis à venir. Les années 1970 ont montré qu’une hausse de l’inflation était possible même lorsque l’économie se contractait et que le chômage était élevé (" stagflation ") et les 20 dernières années ont prouvé qu’une expansion de la masse monétaire n’entraînait pas automatiquement un relèvement du niveau des prix.

Évolution de la masse monétaire aux Etats-Unis et de l’inflation dans le G7

Ces dernières décennies, les échanges mondiaux associés aux progrès technologiques ont permis aux marchandises d’arriver chez les consommateurs toujours plus vite et à moindre coût. La pandémie a sensiblement perturbé ce système commercial aux niveaux de la production et de la logistique. Dans le même temps, les banques centrales et les gouvernements ont évité un effondrement de la consommation. L’offre est à la traîne par rapport à la demande et il faudra faire preuve de patience avant que l’équilibre ne se rétablisse.

Une reflation efficace dans la pratique

On entend par reflation une reprise de la conjoncture soutenue par la politique monétaire et budgétaire après une réces-sion. Pendant cette phase, une inflation accrue et des restrictions des capacités sont monnaie courante. En outre, le faible niveau des prix dans la récession précédente assure une base de comparaison faible, de sorte que l’écart des prix qui s’ensuit dans le cadre d’une normalisation augmente : c’est ce que l’on appelle l’effet de base. Les prix de l’énergie et des matières premières réagissent le plus rapidement et jouent d’ailleurs actuellement le plus grand rôle dans l’effet de base.

Moteurs actuels de l’inflation en %

Contrairement aux récessions antérieures, le rythme soutenu avec lequel les gouvernements et les banques centrales ont réagi à la crise a absorbé le choc sur les bilans du secteur privé (ménages et entreprises) et stabilisé les attentes en matière de revenus. Le commerce en ligne a aussi contribué à éviter un effondrement de la consommation, courant en période de récession. Cette situation, combinée à la faiblesse de l’offre due à la pandémie et aux problèmes d’approvisionnement en énergie, crée une pression sur les prix, importante mais provisoire.

Dynamique inflationniste plus forte aux Etats-Unis

Contrairement à l’Europe, les Etats-Unis ne connaissaient pas d’instruments tels que le chômage partiel, de sorte que le gouvernement américain a dû distribuer, sans filtre, des montants considérables aux ménages. Cela a stabilisé, voire amé-lioré les revenus de nombre d’entre eux. De nombreuses personnes ont qualifié cette aide d’ " argent hélicoptère ". La consommation généralement modérée de la part des ménages américains en période de crise a été ainsi non seulement soutenue, mais même relancée. A court terme, ce mécanisme accroît la dynamique inflationniste, mais à moyen terme, tout dépend des attentes en matière de revenus. S’ils pensent disposer à l’avenir de plus de revenus, les ménages dépen-seront allègrement leur argent et stimuleront le renchérissement. Mais s’il est établi que l’argent ne sera distribué sans condition qu’une seule fois et que l’Etat le récupèrera ultérieurement par le biais d’augmentations d’impôts, le secteur privé en mettra une partie de côté. Ce n’est donc pas un hasard si c’est précisément maintenant que s’ouvre le débat politique sur les augmentations d’impôts aux Etats-Unis.

La productivité, une future entrave à l’inflation

La politique monétaire et budgétaire extrêmement expansionniste et les goulets d’étranglement dans les livraisons plaident pour un environnement inflationniste, surtout si des effets structurels inévitables tels que la transformation énergétique, la diminution de la population active et les efforts pour réduire la dépendance de biens importants envers les importations viennent s’y ajouter. En revanche, il existe un antidote à la pression inflationniste découlant de la tendance à la démondialisation : l’augmentation de la productivité. La pandémie a montré que lorsque le marché dispose de moins de main d’œuvre, l’économie est capable de développer des méthodes novatrices pour faire faire le travail avec moins de personnel ou par des machines, à condition que le niveau des salaires plus élevé soit compensé par un gain de production ou bien que les coûts de production diminuent pour une production identique. Les investissements dans la protection du climat et dans la transition énergétique en donnent l’exemple : ils ont leur prix, mais ils encouragent l’innovation et accroissent la plus-value de ressources limitées. Cela aussi est une forme d’augmentation de la productivité qui a donc des effets anti-inflationnistes. Dans l’intervalle, la progression de l’inflation est due à la pénurie de certaines marchandises et de certains types de travailleurs, et donc à la pandémie. Celle-ci est résistante, mais temporaire. Sans chocs imprévisibles, tout plaide en faveur d’une phase de reflation accompagnée d’une hausse provisoire du niveau des prix.

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank

Deux frontaliers passionnés par la prévoyance

Deux nouveaux membres du conseil de fondation entrent en fonctions dans une période mouvementée. L’experte en placements Mme Martina Müller-Kamp a passé le plus clair de sa vie professionnelle dans la finance. Aujourd’hui, elle est à la tête de l’unité Prestations de marché et membre de la direction de la Banque cantonale des Grisons. Le juriste Daniel Stürzinger est gérant de caisse de pension avec diplôme fédéral et membre de la direction de la caisse de compensation 66.1 des entrepreneurs vaudois. Il dirige la caisse de pension de la Fédération des entrepreneurs vaudois. Sonja Spichtig s’est entretenue avec ces deux nouveaux membres du conseil de fondation pour en savoir plus sur les personnes qui se cachent derrière les experts.

Martina Müller-Kamp, vous êtes originaire de Bonn, vous avez travaillé à Dusseldorf et à Vaduz et depuis 2019, vous êtes membre de la direction de la Banque cantonale des Grisons à Coire. Jusqu’ici, toutes vos stations professionnelles se trouvaient au bord du Rhin. Était-ce délibéré ?

Martina Müller-Kamp : Absolument pas. Bien sûr, ma famille l’avait également remarqué. Pour plaisanter, il nous arrive de nous demander combien de temps mettrait une bouteille à la mer pour aller de Coire à Bonn, à 675 kilomètres de là. Un jour, je me suis davantage éloignée du Rhin, en allant vivre à Helsinki. C’est passionnant de quitter son lieu d’origine, même si l’on reste en Europe. Nous sommes tous des Européens, mais les gens et les cultures sont différents partout. Cela m’a appris l’humilité. Lorsque je suis entrée à la Banque cantonale des Grisons il y a 13 ans, on disait que le personnel devait s’adapter à l’entreprise – et qu’il valait donc mieux être Grison. Mais désormais, c’est clair : ce qui compte davantage, ce sont les valeurs communes. En tant qu’Allemande férue de consensus, je m’intègre apparemment bien. Aujourd’hui, mes fils et moi-même sommes Suisses et nous sentons tout à fait chez nous ici.

Sonja Spichtig s’entretient avec les nouveaux membres du conseil de fondation, Martina Müller-Kamp et Daniel Stürzinger.

Daniel Stürzinger, vous aussi, vous êtes frontalier. Initialement, vous êtes originaire de Lucerne, vous avez étudié à Lausanne et c’est aussi là que vous vivez aujourd’hui. Comment les choses se sont-elles faites ?

Daniel Stürzinger : C’est exact : de Lucerne à Lausanne, cela n’a rien d’évident. Il y avait deux raisons à ce choix : à l’époque, Lucerne n’avait pas d’université, et pour faire des études, il fallait s’expatrier. Comme j’aime les langues (initialement, je voulais devenir interprète), j’ai hésité entre Lausanne, Genève et Neuchâtel. Quand j’ai vu l’université de Lausanne, le sort en a été jeté. On ne pouvait pas trouver mieux que ces superbes bâtiments juste au bord du lac. Comme je suis amateur de carnaval, je franchis le fossé des roesti en tout cas pour le carnaval. Depuis 1990, je circule avec le " Spöitzchnöbus ", la seule " Guggemusig " qui comporte des flûtes à bec. Quand nous jouons sur le pont de la chapelle à Lucerne, les gens s’arrêtent pour nous admirer !

Une experte en placements et un juriste – comment avez-vous atterri tous les deux dans le domaine de la prévoyance ?

Tous les deux (en riant) : Purement par hasard !

Daniel Stürzinger : Vraiment ? Quand j’étais jeune, la prévoyance professionnelle ne m’intéressait pas le moins du monde. Au cours de ma formation, je n’en avais pratiquement jamais entendu parler. Au début, j’ai travaillé à l’AVS et dans le domaine de la responsabilité civile, puis j’ai entrepris un long voyage et à mon retour, j’ai eu besoin de trouver un emploi le plus vite possible. C’est ainsi que je me suis retrouvé au service juridique de la prévoyance d’un réassureur. En travaillant ainsi dans la prévoyance, j’ai constaté à quel point ce secteur était passionnant. C’est probablement toujours comme cela : quand on connaît, on s’intéresse davantage.

Martina Müller-Kamp : Cette thématique me plaît par principe. Même si beaucoup de choses méritent d’être réformées, je trouve que le système suisse est très bon. Cela ne veut pas dire qu’il n’est pas également confronté à des problèmes difficiles à résoudre ! Ce qui m’inquiète, c’est de voir que le groupe des personnes les plus concernées par les dérives n’a pas voix au chapitre, ou plutôt qu’il a jusqu’ici renoncé à faire entendre sa voix. Les jeunes n’ont pas assez de connaissances financières et ne sont pas assez sensibilisés à ce qui les attend.

Sonja Spichtig discute avec les nouveaux membres du conseil de fondation de leurs expériences passées, des défis rencontrés dans la prévoyance et des changements provoqués par la pandémie.

Que souhaitez-vous pour la Suisse en matière de prévoyance et de caisses de pension ?

Daniel Stürzinger : Clairement une réforme qui soit acceptée. Les citoyennes et les citoyens suisses doivent prendre conscience de l’importance de cette question et s’en préoccuper davantage. Qui sait de combien d’argent il disposera quand il sera vieux, ou même s’il en aura assez ? Voilà ce à quoi il faut réfléchir, mais de préférence sans attendre d’avoir 50 ou 60 ans.

Martina Müller-Kamp : Un plus grand intérêt, davantage de connaissances et plus de formation dans le domaine de la prévoyance pour les jeunes – voilà ce que je souhaite à la Suisse. Car comment s’investir en faveur de quelque chose que l’on ne connaît pas ? Jusqu’ici, mes fils, qui ont 16 et 20 ans, ont relativement peu appris sur ces questions à l’école. Nous autres adultes ainsi que les institutions, nous devons aussi assumer davantage de responsabilité et nous investir plus énergiquement afin de préserver un système de prévoyance viable à long terme.

Quelle expertise allez-vous apporter au conseil de fondation ? Quelle contribution concrète aimeriez-vous apporter ?

Martina Müller-Kamp : Mon cheval de bataille est bien entendu le domaine des placements, mais j’apporte aussi beaucoup d’expérience dans les transactions avec les caisses de pension. Plus je suis dans ce domaine, plus je m’occupe non seulement du côté des placements avec les décisions professionnelles à prendre à cet égard, mais aussi de la question de savoir comment nous devons nous positionner sur le plan stratégique en fonction des besoins pour avoir du succès à long terme.

Daniel Stürzinger : Avec mon bagage, je ne représenterai pas seulement la Suisse romande au conseil de fondation, mais j’aborderai aussi certainement des questions juridiques – par exemple des adaptations du règlement – et j’analyserai ce qui pourrait éventuellement être amélioré dans ce domaine. Depuis que je dirige la caisse de pension de la Fédération vaudoise des entrepreneurs, j’approfondis mes connaissances dans le domaine de l’immobilier, qui connaît en Suisse une évolution tout à fait passionnante.

Martina Müller-Kamp, Daniel Stürzinger et Sonja Spichtig militent ensemble pour que les thématiques liées à la prévoyance et aux caisses de pension soient plus présentes dans l’esprit des jeunes.

Quels rêves de toujours aimeriez-vous encore réaliser ?

Daniel Stürzinger : Il y a encore beaucoup d’endroits au monde que j’aimerais découvrir. Pour l’instant, la vie de famille me retient un peu, mais le désir de faire son sac à dos et de partir à l’aventure s’intensifie clairement. Il y a tant de choses à connaître, à expérimenter, tant de montagnes à gravir …

Martina Müller-Kamp : Ma liste de souhaits est nettement moins spectaculaire. Quand j’en aurai à nouveau le temps, donc à la retraite, j’aimerais m’investir dans une tâche bénévole. Ce ne sera pas nécessairement quelque chose de grandiose. Aider à la bibliothèque du village ou m’occuper des finances du club sportif – cela me paraît très enrichissant.

Pouvez-vous encore tirer des enseignements positifs de la pandémie, malgré toutes les difficultés ?

Martina Müller-Kamp : Même si le télétravail nous tape sur les nerfs en ce moment, je pense que la pandémie a eu des effets positifs. Vous rappelez-vous l’attitude conservatrice qui régnait autrefois, surtout dans les banques cantonales, par rapport au télétravail ? Quand on voit aujourd’hui avec quelle efficacité il est possible de travailler depuis chez soi, on peut vraiment parler de la percée du numérique. Cela ne manquera pas de nous être utile à l’avenir.

Daniel Stürzinger : Une grande partie de nos dossiers va enfin être numérisée. En outre, durant la pandémie, de nombreuses personnes ont redécouvert des valeurs qu’elles veulent entretenir à l’avenir. Aujourd’hui, nos clients se réjouissent de pouvoir venir nous trouver en personne. Je peux m’imaginer que nous apprécierons davantage les échanges personnels à l’avenir – ils ont été rompus si abruptement que maintenant, ils nous manquent énormément.

Je vous remercie de tout cœur de m’avoir accordé cet entretien et vous souhaite beaucoup de plaisir dans votre travail au conseil de fondation.

 

 

Deux bâtiments d’avenir récemment construits à Zurich – piliers de la stabilité du portefeuille

Quelles réflexions sous-tendent la gestion et l’optimisation d’un portefeuille immobilier au fil des années et même des décennies ? Sonja Spichtig s’est entretenue avec Andreas Meier, responsable de la gestion du portefeuille immobilier, et Rafik Awad, gestionnaire de portefeuille, à propos de deux bâtiments neufs dont Swisscanto Fondation de placement est propriétaire. Ceux-ci montrent de façon exemplaire comment des considérations d’innovation et de durabilité peuvent apporter de la plus-value, pour les investisseurs comme pour les locataires futurs et pour le public.

Rafik Awad, le Manufakt8048 va bientôt être intégré au portefeuille que vous contribuez à gérer. Vous avez participé à l’acquisition du Manufakt8048. De quel type de bâtiment s’agit-il et qu’a-t-il d’enthousiasmant ?

Rafik Awad : Du point de vue de son caractère, le Manufakt se positionne à mi-chemin entre un bâtiment de bureaux classique et un bâtiment commercial typique. Ainsi, les surfaces ne sont pas celles d’un bâtiment de bureaux, et la cour intérieure apporte de la lumière et de la vie. Le groupe-cible visé est celui des entreprises actives dans la production, mais présentant une forte valeur ajoutée. On trouve à titre d’exemple des locataires actifs dans le domaine des industries high-tech ou une société créée en tant que spin-off de l’EPF et désormais devenue une importante entreprise dans le processus de fabrication des technologies de microprocesseurs grâce à des produits innovants.

L’équipe d’architectes autour de Theo Hotz a développé un concept passionnant sur cette surface d’environ 14‘500 m2. Nous avons beaucoup tenu à ce qu’elle puisse être utilisée de manière totalement flexible. Certes, de nombreux aménagements répondent aux besoins du locataire principal, mais si celui-ci venait à partir, il n’y aurait pas de gros travaux à faire pour adapter les locaux à des besoins différents. Je suis impatient de découvrir le bâtiment quand il commencera à vivre grâce à la présence de ses locataires.

A ce propos, justement : avez-vous bon espoir de pouvoir le louer intégralement ? Les bureaux vides, ce n’est pas ce qui manque dans la vallée de la Limmat.

Rafik Awad : Nous avons de bonnes raisons d’être très optimistes. 70% des surfaces sont déjà louées. En outre, la qualité de l’emplacement est excellente grâce à la desserte directe par RER. La ville de Zurich a mis à disposition des terrains constructibles tout autour de la gare d’Altstetten, ce qui permet une utilisation à titre commercial – c’était là une décision courageuse et sage qui a permis aux jeunes entreprises en plein essor de s’y implanter. Le développement de ce quartier est très prometteur.

Sonja Spichtig, Andreas Meier et Rafik Awad se font présenter la cour intérieure du bâtiment " Manufakt8048 " par Mischa Schedler, chef de projet de Steiner AG.

Andreas Meier, comment voyez-vous les choses en tant que responsable de la gestion du portefeuille immobilier ? Pourquoi ce projet plutôt atypique est-il attrayant pour la fondation de placement ?

Andreas Meier : Effectivement, il n’existe aujourd’hui pratiquement rien de comparable dans le portefeuille de Swisscanto Fondation de placement – qui compte tout de même près de 250 biens immobiliers pour un volume de placement de 8 milliards de francs ! De toute manière, les bâtiments commerciaux sont plutôt sous-pondérés. Mais le but est d’assurer l’équilibre entre habitation et commerce. Et pour cela, le Manufakt est idéal. Le fait d’investir dans un immeuble commercial neuf de ce type, situé dans un emplacement idéal et loué en très grande partie renforce la qualité du portefeuille, entre autres parce que cet immeuble permet de générer un rendement supérieur à celui d’immeubles locatifs pour un risque adéquat.

En fin de compte, comment les décisions sont-elles prises pour ce genre de projets ?

Andreas Meier : C’est un processus en plusieurs temps. Nous commençons par sélectionner les opportunités de placement auxquelles nous voulons donner suite. La sélection restreinte est ensuite analysée dans le détail et vérifiée, et pour finir, fait l’objet d’une demande auprès des instances de placement. Il y a d’une part la commission de placement indépendante, composée d’experts externes de domaines spécialisés tels que la construction, les développements et les finances, qui " passe au crible " toutes les demandes et leur donne une évaluation. En outre, le comité de placement interne examine les investissements d’une certaine importance. Les évaluations se font sur la base d’une demande tenant compte de nombreux éléments, notamment le rapport rendement/risque, la viabilité sur le marché, la qualité de l’emplacement et la qualité de la construction. Ainsi, tous les aspects essentiels sont évalués sous toutes sortes d’angles pour alimenter la décision, de sorte que nous pouvons mettre en œuvre une politique d’investissement durable et stable pour nos investisseurs.

Les besoins des locataires jouent aussi un grand rôle dans le deuxième projet. Le complexe d’habitation de la Trichtenhausenstrasse à Zurich-Witikon est un bâtiment qui répond aux exigences les plus élevées de la norme eco Minergie-P. Quelles sont les particularités de ce projet ?

Rafik Awad : Par principe, nous veillons à ce que nos bâtiments neufs soient d’une très grande qualité. L’une des particularités, c’est la décision, ou plutôt la possibilité, d’acheter une parcelle si importante à Zurich, où les réserves de terrains constructibles sont extrêmement rares. Grâce aux bons contacts et à l’endurance de notre équipe de transaction, nous y sommes cependant parvenus il y a plusieurs années, en 2015. Witikon est très séduisante : la proximité de la ville, l’emplacement attrayant, la commune avec sa structure démographique en forte croissance. Avec la plus grande parcelle le long de la Katzenschwanzstrasse, également à Witikon, nous souhaitons nous adresser à des groupes-cibles différents et offrir non pas des appartements de luxe, mais des espaces d’habitation à la portée des classes moyennes et accueillants pour les familles.

Andreas Meier, Rafik Awad et Sonja Spichtig.

A l’heure actuelle, le télétravail est très répandu. On a d’un côté des bureaux vides, et de l’autre des appartements bondés. Constatez-vous une évolution de la demande, par exemple pour la location du Manufakt8048 ?

Rafik Awad : En ce moment, la location d’immeubles commerciaux est difficile en général. Mais notre courbe de location au Manufakt est extrêmement positive. Aujourd’hui, 70% sont déjà loués. Pour le reste, nous avons une garantie de loyers du constructeur pour 5 ans. La rentabilité est donc assurée dès le début. Bien sûr, la pandémie nous met aussi à rude épreuve de façon générale, et pas seulement avec le Manufakt. Certaines personnes désireuses de louer attendent de mieux connaître les nouveaux besoins avant de se décider. Elles se posent beaucoup de questions. Mais une telle période peut aussi inciter les gens à revoir leurs besoins à la baisse. Alors, les critères tels que la connexion, l’emplacement ou la qualité des locaux feront pencher la balance, et les gens finiront par dire : " Ça y est, on déménage ! " Peut-être même pour aller au Manufakt.

Vers où vous mènent vos réflexions relatives aux nouveaux besoins dans le domaine du logement ?

Rafik Awad : Les avis divergent sur ce point – c’est justement ce qui rend la chose passionnante ! Faut-il une pièce de plus par appartement pour le télétravail ? Ou des espaces de co-working doivent-ils être intégrés dans le bâtiment lui-même ? À la Badenerstrasse à Zurich, nous sommes justement en train d’aménager un projet présentant des petits appartements très compacts et des espaces de travail partagés. D’un côté comme d’un autre, je suis sûr que la question du coronavirus va encore nous occuper.

Andreas Meier : Je suis tout à fait d’accord. Nous suivons de très près les incidences du coronavirus sur le comportement en matière de logement et nous en tenons compte dans nos planifications prochaines. Mais il est encore impossible de dire : " Désormais, nous allons toujours construire des appartements plus grands. " Soyons honnêtes : pour l’instant, nous ne pouvons que suivre les évolutions – et prendre alors, au niveau de la planification, des décisions intelligentes et informées.

Rafik Awad, en tant que gérant de portefeuille, vous jetez les bases de la gestion et de l’optimisation du stock d’immeubles. Comment procédez-vous concrètement ?

Rafik Awad : Eh bien, il est évidemment très difficile de pouvoir dire, au milieu de plusieurs centaines d’immeubles, que le bâtiment en question s’adapte ou non à notre stratégie. Ou d’évaluer ce qui constitue la meilleure stratégie pour le bien immobilier individuel sur l’ensemble de son cycle de vie. Car les avis sont toujours subjectifs, mais aboutissent en fin de compte à des échanges très intéressants. Pour un portefeuille aussi important que le nôtre, il est cependant utile de fonder les décisions sur des données solides. Nous le faisons en nous appuyant sur nos outils, qui nous permettent d’anticiper de deux ou trois ans sur notre stratégie et de prendre les bonnes décisions de manière proactive.

Sonja Spichtig, Andreas Meier, Rafik Awad, Thomas Gianora (Swisscanto Invest) et Markus Ott (Swisscanto Invest) lors de la pose de la première pierre à la Trichtenhausenstrasse.

Vous êtes nouveau dans l’équipe chargée du portefeuille. Comment êtes-vous arrivé là ?

Rafik Awad : J’aime être un généraliste qui s’intéresse à de nombreuses questions, et le domaine du portefeuille immobilier me propose précisément cela. Je suis né au Caire et j’ai commencé des études d’ingénieur civil en Allemagne à 18 ans. Plus tard, j’ai travaillé au Moyen-Orient dans le domaine de la planification et de la gestion de projets et j’ai vécu de près la crise financière à Dubaï. J’ai vu à cette occasion que la planification de projets était une bonne chose, mais que derrière cela se cachait une propre économie gigantesque. Lorsque tout s’est arrêté à cause de la crise, j’ai commencé à m’intéresser à ces questions et j’ai passé un MBA dans le domaine de l’immobilier. Je voulais comprendre les interdépendances entre les divers aspects de l’économie immobilière. Je suis arrivé en Suisse par pur hasard. Implenia cherchait quelqu’un ayant de l’expérience au Moyen-Orient. J’ai commencé comme chef de projet avant de passer au développement de projets, et plus tard, aux conseils aux investisseurs. Durant les sept années où j’ai travaillé pour Implenia, j’ai notamment pu conseiller Swisscanto, qui a fini par me recruter, tout d’abord dans le domaine des transactions immobilières et maintenant dans celui de la gestion du portefeuille. C’est ainsi que j’ai trouvé mon bonheur en Suisse, où j’ai fait la connaissance de ma femme et où j’ai fondé une famille.

Qu’aimeriez-vous construire vous-même un jour ?

Rafik Awad : Un complexe de logements modulaire comportant des unités qui s’adaptent au maximum aux besoins de leurs locataires, pendant toute leur vie. Comment ajouter des pièces ou en retirer en fonction des besoins ? C’est le genre de réflexions que je trouve passionnantes. Je pense que la construction modulaire est un sujet en plein essor. Nous avons besoin de plus de flexibilité. Les utilisations doivent devenir plus flexibles. La flexibilité est peut-être la solution de nombreux problèmes – et en tant qu’investisseurs, nous sommes tenus de suivre de telles évolutions.

Est-ce qu’un tel complexe pourrait devenir un autre pilier de stabilité pour le portefeuille immobilier de Swisscanto Fondation de placement ?

Andreas Meier : C’est tout à fait concevable. Si les autres aspects étaient aussi favorables que dans les deux projets présentés et surtout si la qualité de l’emplacement était aussi bonne, il serait sûrement possible d’obtenir une plus-value ayant un effet stabilisateur. Et si cette flexibilité accrue et cette construction modulaire permettaient de réaliser une rentabilité conforme au marché, cela vaudrait assurément la peine d’être examiné.

Andreas Meier, Rafik Awad – merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.

La normalisation accroît la nervosité des investisseurs

La hausse de l’inflation accroît la nervosité

Comme la banque centrale américaine, nous estimons que la hausse des taux d’inflation due au fort effet de base est temporaire. Néanmoins, les investisseurs ont perdu leur calme, étant donné l’inflation pourrait s’avérer persistante et que la banque centrale américaine pourrait resserrer la politique monétaire plus tôt que prévu. Même si les taux d’inflation restent élevés pendant encore quelques mois, nous n’escomptons pas d’évolution délétère en la matière. Certes, l’économie des Etats-Unis va connaître une croissance plus lente au second semestre, mais à un niveau élevé. Tant que l’inflation s’accompagne d’une croissance forte, les perspectives de bénéfices pour les entreprises resteront intactes. Leurs évaluations sont cependant regardées d’un œil plus critique à cause du relèvement attendu des taux. À long terme, l’évolution actuelle représente même une chance de mettre fin à la tendance à la désinflation qui existe depuis des décennies et de normaliser l’environnement des taux d’intérêt.

Normalisation du côté de l’offre, demande robuste nécessaire

Vu l’énorme soutien apporté par la politique monétaire et budgétaire ainsi que la forte accélération de la croissance, les craintes d’inflation ne sont pas totalement infondées. Certes, l’effet de base contribue largement à la progression du taux d’inflation aux Etats-Unis à 4,2% (vert, graphique 1), mais les préoccupations liées à l’inflation sont plutôt dues aux goulets d’étranglement sur le plan des livraisons et à la hausse des besoins en personnel. L’interruption des chaînes de livraison conjuguée à la forte reprise de la conjoncture a poussé à la hausse les prix des intrants et notamment des matières premières et à hissé l’inflation au-dessus de la tendance (rouge, graphique 1). Ces moteurs inflationnistes diminueront à nouveau avec l’ouverture économique et l’intégration progressive des capacités disponibles. L’inflation est un effet en aval et les pressions sur les prix vont diminuer avec l’augmentation de l’utilisation des capacités. En revanche, on ignore encore si la forte demande sera durable et si les salaires augmenteront effectivement. Grâce aux aides de l’Etat et du fait que certaines dépenses n’ont pas été engagées, par exemple celles consacrées aux vacances, le taux d’épargne des ménages s’est accru. Ce n’est que lors de la reprise sur le marché de l’emploi que l’on constatera la part qui en sera dépensée. Nous escomptons une demande soutenue, dont nous avons d’ailleurs besoin pour que la croissance économique attendue se matérialise et que la reprise soit au rendez-vous sur le marché de l’emploi. Dans cette mesure, nous continuons à voir l’évolution actuelle de l’inflation comme un épiphénomène positif au sein de la phase de reprise.

Graphique 1 : L’effet de base est le moteur principal

Indice des prix à la consommation (CPI) aux Etats-Unis

La politique monétaire davantage tributaire des données

Les banques centrales telles que celle du Canada ou la Bank of England ont déjà réduit leurs achats de titres. Ainsi, et parce que même en dehors des Etats-Unis, les rendements sont à la hausse, les pressions exercées sur la Fed pour qu’elle ne change rien se réduisent. La banque centrale américaine va cependant continuer à prendre son temps avant de procéder à un premier relèvement des taux. Elle considère toujours qu’une inflation de plus de 2% pendant douze mois et plus est transitoire. En outre, la Fed accorde la priorité à l’évolution sur le marché de l’emploi. Même si de nombreuses entreprises aux Etats-Unis annoncent avoir du mal à pourvoir les postes vacants en ce moment, cela ne signifie pas pour autant qu’il existe une pénurie de main-d’œuvre et que les salaires vont directement augmenter. De nombreux travailleurs ne peuvent toujours pas travailler en raison de la pandémie. D’autres attendent pour savoir si le soutien aux chômeurs sera prolongé. La Fed va donc réduire ses indications prospectives et davantage axer sa politique monétaire sur les données. Même si l’inflation n’est guère alarmante en dehors des Etats-Unis, elle signifie en général pour les investisseurs une moins grande sécurité de la politique monétaire et davantage de volatilité sur la voie de la normalisation.

Les rendements réels négatifs aident à résorber les dettes

Avec des taux directeurs inférieurs à zéro ou proches de zéro et des craintes d’inflation croissantes, les risques mondiaux en matière d’intérêts se sont manifestement accrus. Étant donné que les données du marché reflètent déjà bien les attentes d’inflation et que le niveau mondial de la croissance reste élevé, les hausses de rendement futures se feront par le biais des rendements réels. Le chemin pour sortir de la plage négative est cependant long et semé d’embûches (graphique 2). Malgré une réduction ponctuelle des achats de titres, la politique monétaire reste très expansionniste et les mesures conjoncturelles soutiennent le niveau élevé s’agissant des attentes d’inflation. Les banques centrales vont se montrer extrêmement prudentes et se contenter de réactions timides. Car le contexte actuel soutient le processus de résorption des dettes et aucune banque centrale ne veut remettre en cause cette configuration. Il se pourrait même qu’il présente une occasion unique de se " débarrasser d’au moins une partie des dettes par l’inflation ".

Graphique 2 : Rendements réels toujours négatifs

Rendements réels d’une sélection d’obligations d’Etat

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank