Alexandrine-Kiechler

Tout feu tout flamme pour les fondations de placement

Il y a encore peu de temps, Alexandrine Kiechler était encore Présidente de la CAFP – la toute première femme à occuper ce poste. Jusqu’à la fin de 2017, elle a été à la tête de la Conférence des administrateurs de fondations de placement durant une année charnière riche en activités. Dans l’entretien qu’elle a accordé à Sonja Spichtig, cette femme pleine d’énergie nous explique les défis auxquels elle a été confrontée et nous révèle le rapport entre l’edelweiss et les fondations de placement.

Sonja Spichtig : Alexandrine, merci de prendre le temps de répondre à quelques questions. Nous nous connaissons déjà depuis un certain temps, lorsque nous étions au Comité de la CAFP. En 2017, tu as été notre Présidente pendant un an. Comment as-tu vécu cette année ?

Je n’ai rencontré aucun préjugé et j’ai été très bien accueillie. On a fait preuve de beaucoup de bienveillance à mon égard. Les gens se sont montrés heureux qu’une femme ait été élue à la présidence pour la première fois. Mais peu importe que ce poste soit occupé par un homme ou par une femme. Ce qui compte, c’est que l’on possède des compétences professionnelles et une certaine expérience. Il faut savoir de quoi l’on parle. Les gens remarquent tout de suite si l’on n’est pas qualifié.

Cela n’a sûrement pas été toujours facile ?

Le plus grand défi tenait sans doute au fait que les membres du Comité de la CAFP sont des battants. Lorsque de nombreuses fortes personnalités se retrouvent au sein d’un groupe, ce n’est pas toujours facile. Pas seulement pour la Présidente ou le Président, mais aussi pour le Directeur Roland Kriemler. Il faut dire que la révision de l’OFP a également été un défi. Le résultat de cette révision sera déterminant pour la suite du succès des fondations de placement.

Au bout d’un an, tu as quitté la présidence conformément à la rotation habituelle. En toute franchise: est-ce que tu as été soulagée ?

Très sincèrement : oui. J’ai passé une année passionnante, mais il ne faut pas sous-estimer les efforts supplémentaires que cela exige. Même si les échanges et les missions sont très intéressants, en fin de compte, je dois aussi trouver un équilibre raisonnable entre le temps que je peux consacrer à la présidence de la CAFP en plus de mon quotidien professionnel auprès de Credit Suisse Fondation de placement.

Quels sont les défis qui attendent ton successeur ?

L’an dernier, nous nous sommes principalement occupés de la révision de l’OFP, mais Markus Anliker ne va sûrement pas se tourner les pouces. Nous souhaitons être mis sur un pied d’égalité avec les fonds dans le domaine du droit de timbre et de la TVA. En outre, il est important pour nous de pouvoir encore plus faire connaître les fondations de placement aux clients. Nous allons donc continuer de mettre l’accent sur ces sujets.

Tu viens initialement du monde des caisses de pension, et jusqu’en 2009, tu as travaillé dans divers services juridiques. Est-ce que ton bagage juridique t’a été utile?

Mon année de présidence a été dominée par la préparation de la révision de l’OFP. Les personnes non initiées ont bien du mal à comprendre les textes de loi, leurs commentaires et les argumentations qui les étayent, et ma formation m’a certainement facilité la tâche. En outre, elle me permet d’appréhender les défis sous un angle différent. Nous autres juristes, nous remettons souvent les choses en question et nous prenons des décisions avec exactitude. De même, les relations avec les autorités de surveillance n’avaient rien de nouveau pour moi.

À propos de nouveauté : à en juger par ton dialecte, tu n’a pas toujours vécu à Zurich.

C’est exact. Je suis une Valaisanne pur jus. Toute ma carrière sort un peu des sentiers battus. Jusqu’à l’âge de 22 ans, j’ai vécu à Conches et travaillé dans la ferme de mes parents comme agricultrice. Ce n’est qu’après les grosses intempéries de 1989, quand nous nous sommes littéralement retrouvés sur la paille, que j’ai quitté le Valais, passé ma maturité et étudié le droit à l’Université de Zurich. Aujourd’hui, je vis dans la vallée de la Furt et au lieu de voir les quatre mille mètres valaisans, je m’accommode des collines de l’Unterland zurichois ou du Lägern (elle rit). Bien sûr, mon dialecte valaisan ressort de temps en temps. Par exemple quand je laisse aller mes émotions ou que je parle avec des enfants.

Le Valais contemplatif et l’agitation de Zurich – voilà deux univers bien différents.

Oui, et cela me plaît. Pour moi, Conches représente un monde « préservé », en marge de la vie professionnelle. C’est pour moi un moyen formidable de déconnecter et surtout de décompresser. Zurich représente pour moi le monde du travail et bien sûr celui des fondations de placement.

Nous y voilà. Est-ce que tu crois que les fondations de placement existeront encore dans 30 ans ?

J’en suis persuadée. Les fondations de placement sont des structures très hétérogènes qui proposent de nombreux produits différents. Mais parallèlement à cette diversité, elles présentent encore un autre point différent et décisif : en tant que membres d’un conseil de fondation ou d’une commission spécialisée, les investisseurs peuvent y faire entendre leur voix et y participer. Nos fondateurs/investisseurs ont bien plus de possibilités que s’ils se contentaient d’investir dans des fonds. Cela a quelque chose de primitif et de suisse, et c’est pourquoi je compare les fondations de placement à un edelweiss.

Quand tu parles des fondations de placement, on sent l’enthousiasme qui te fait vibrer.

Je suis tout feu tout flamme pour les fondations de placement. J’ai un métier tout à fait passionnant et j’essaie de partager cet enthousiasme. En ce qui me concerne, j’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi les fondations de placement sont un produit de niche. Où donc trouve-t-on de telles possibilités d’aménagement au niveau des produits, autant de flexibilité et la possibilité de tenir compte des souhaits des clients ? Dans d’autres domaines, les problèmes se règlent de façon ponctuelle, alors que chez nous, on peut beaucoup plus s’impliquer et faire bouger les choses. Je suis d’ailleurs toujours surprise de voir le peu d’intérêt manifesté par les femmes. Lorsque nous mettons un poste au concours, nous n’attirons pratiquement que des candidatures masculines. Il y a beaucoup trop peu de femmes dans notre branche.

Tu trouves ? Il y en a vraiment si peu ?

Oui, c’est ce que je pense. Il pourrait y en avoir largement plus. C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point ce créneau est peu connu des spécialistes. Pourtant, c’est un domaine si varié. Il est rare que l’on trouve dans le carrefour entre la finance et la prévoyance autant de possibilités et autant de défis que chez nous.

Même si ton cœur bat pour les fondations de placement, c’est un travail exigeant. Comment parviens-tu à garder ton équilibre?

J’enfouche mon vélo. Quand je dois évacuer de l’énergie accumulée, je prends mon VTT et quand je veux me détendre, je choisis mon vélo de course. Tant que je peux bouger, tout va bien. Tant sur le plan privé que sur le plan professionnel.

Merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.

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