Présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension 2018

Le salut viendra-t-il du rendement ? Constats tirés de l’étude 2018 sur les caisses de pension en Suisse

La présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension, le 30 mai 2018 au Lausanne Palace & Spa, montre un bilan positif. Pourtant, les représentants de la branche regardent l’avenir d’un œil critique. Car l’allongement de l’espérance de vie plombe les rentes – qui finissent tout de même par être sauvées par les rendements. C’est pourquoi l’étude aboutit à des conclusions mitigées.

Les photos de la présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension 2018 se trouvent ici.

Cette année, l’étude sur les caisses de pension en Suisse enregistre un nouveau record de participants. Alors que l’année précédente, 507 institutions de prévoyance y avaient participé, elles ont été 535 cette fois-ci. Les participants représentent 4,1 millions d’assurés, dont 3,2 millions sont actifs et 0,9 sont des bénéficiaires de rentes. Les 680 milliards gérés par les participants représentent plus des trois quarts de la fortune de prévoyance enregistrée en Suisse.

Les personnes présentes dans la salle peuvent être fières de leurs réalisations : les réserves des caisses de pension sont au plus haut depuis la crise financière, et la performance est supérieure au rendement cible. Pourtant, malgré ces résultats réjouissants, des craintes quant à la stabilité du système de prévoyance se font jour en raison de l’évolution démographique.

Laurent Monod, Conseiller clientèle institutionnelle à la Zürcher Kantonalbank, ne veut pas seulement penser aux risques, mais aussi et surtout aux assurés. Il incite les responsables des caisses de pension présents dans le public à profiter des opportunités offertes par les marchés financiers. Certes, le rendement couvre une grande partie de la prévoyance professionnelle et stabilise donc le système. Mais les temps ont changé. " Ces 35 dernières années, l’espérance de vie a progressé de 38% pour les hommes et de 24% pour les femmes ", explique M. Monod. " Cela correspond à 66 mois de rentes qui devront être payés en plus. " Pour Laurent Monod, la conclusion est donc claire : " La retraite à 67 ans n’est pas une utopie. "


Laurent Monod, Conseiller clientèle institutionelle, Zürcher Kantonalbank

Mais il suffit de regarder la situation dans le monde du travail pour obtenir un tableau tout différent : 58% des personnes qui travaillent partent à la retraite en moyenne un an et demi avant l’âge habituel de 65 ans. Laurent Monod explique que les caisses de pension ont à nouveau abaissé les nouvelles rentes pour garantir leur stabilité financière. " C’est pourquoi il est surprenant de constater que plus de la moitié des gens continuent à prendre une retraite anticipée. " Il pose donc la question suivante à lui-même et à tous les participants dans la salle : " Comment faire pour donner envie de travailler plus longtemps ? "

Steve Michel, Responsable Business Development Asset Management Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank, mentionne dans son exposé que le tiers cotisant a apporté beaucoup de satisfactions pendant l’année écoulée. Les portefeuilles montrent que le poids des placements en actions a été pour la première fois supérieur à ceux en obligations. En raison de la part d’actions supérieure à la moyenne, les caisses de pension ont pu dépasser en 2017 le résultat moyen des placements de +7,64%. Mais les défis ne manquent pas pour autant. Ainsi, les caisses relativement grandes ressentent tout particulièrement l’effet des taux d’intérêt négatifs. De même, les limites de placements ne sont plus adaptées à notre époque et ne peuvent servir de substitut à une gestion soigneuse des risques. C’est aussi ce que montre l’attitude des caisses : près de la moitié d’entre elles utilisent l’article d’exception pour dépasser les limites fixées par l’OPP2.


Steve Michel, Responsable Business Development Asset Management Swisscanto Invest by Zürcher Kantonalbank

Alain Duboux, Directeur chez Prevanto SA, se penche dans son exposé sur le taux de couverture moyen des caisses de pension. Celui-ci a atteint un nouveau record depuis la crise financière de 2008, pour s’élever à 114% fin 2017. Pour la première fois depuis longtemps, les avoirs d’épargne des cotisants en activité en 2017 ont été rémunérés avec un intérêt de 2,71% supérieur aux 2,32% versés aux rentiers. Cette situation est due pour une large part à l’abaissement du taux d’intérêt technique, qui sera d’ailleurs poursuivi à l’avenir. Alain Duboux évoque également les fondations collectives qui se trouvent dans une camisole de force réglementaire tout en étant exposées à la concurrence. " Cela les oblige à verser des prestations exagérées pour rester attrayantes sur le marché ", affirme M. Duboux. " A long terme, cela aboutirait à une consolidation du marché qui fera disparaître certaines institutions collectives et communes. "


Alain Duboux, Directeur chez Prevanto SA

Après les exposés, Aldo Ferrari, Vice-président d’Unia, Michèle Mottu Stella, experte agréée en prévoyance professionnelle chez Prevanto SA et Jean-Rémy Roulet, Directeur de la Caisse de prévoyance de l’industrie et de la construction, discutent avec François Egger sur le podium de la forme future que devrait prendre notre système de retraites.


François Egger, Animation; Aldo Ferrari, Unia, CHS PP; Michèle Mottu Stella, Prevanto SA; Jean-Rémy Roulet, CPPIC, ASIP

Pour Michèle Mottu Stella, il est manifeste que notre société a changé et continuera à le faire. Les règles de la LPP défavorisent nettement les femmes : si l’épouse décède, le veuf touchera 100% de sa rente, alors que si c’est le mari qui décède, la veuve ne touchera que 60% de la rente. Michèle Mottu Stella se demande comment une telle situation peut se justifier, puisque le système repose sur les économies appartenant à parts égales aux deux conjoints. Jean-Rémy Roulet défend lui aussi l’idée que le système est trop peu flexible pour les femmes, les jeunes travailleurs et les chômeurs âgés. Aldo Ferrari lui donne raison : " Notre système n’est plus adapté aux réalités sociales. Un bon exemple en est les jeunes travailleurs qui, bien souvent, ne veulent plus travailler à temps plein. " Le dialogue avec les participants dans la salle montre également que les évolutions de la société doivent se répercuter sur le système. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’importance de la communication pour repérer à temps les lacunes de prévoyance. Il est indispensable de sensibiliser la population à ces questions pour y trouver des solutions et cerner plus précisément la situation personnelle de chaque individu.

Les photos de la présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension 2018 à Lausanne se trouvent ici.

Les photos de la présentation des résultats de l’étude sur les caisses de pension 2018 à Zurich se trouvent ici.

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