Le ralentissement de la croissance remet en cause la normalisation des taux

Le 14 mars 2019, la Zürcher Kantonalbank, en collaboration avec Swisscanto Fondations de placement et Prevanto, a une nouvelle fois organisé un Lunch Meeting de printemps à l’hôtel Beau-Rivage Palace de Lausanne. Pendant que les invités dégustaient un repas raffiné, les experts leur livraient de passionnantes informations sur l’évolution récente de la branche. Après une présentation globale des marchés mondiaux et de leur influence sur l’évolution des taux, des réflexions ont été faites sur les possibilités d’aménagement du taux de conversion qui se présentent encore aux institutions de prévoyance, notamment face au hiatus croissant entre la réalité et la législation.

Vous trouverez ici les photos de la manifestation.

Dans le tableau d’ensemble qu’il a brossé de l’évolution des marchés, Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank, a mis l’accent, d’une part sur les mutations structurelles qui continuent à comprimer le niveau des taux, et d’autre part sur les sujets qui gardent actuellement en haleine l’Europe et le reste du monde : le Brexit et le conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis.

Manuel Ferreira donne le coup d’envoi du Lunch Meeting avec un tour d’horizon de la situation géopolitique.

Le vote de la veille à la Chambre des communes britannique montre, selon M. Ferreira, à quel point la situation en Grande-Bretagne échappe à tout contrôle. Si la situation politique mondiale a entraîné un net ralentissement de la croissance en 2018, on voit bien que c’est le conflit commercial qui absorbe toujours l’énergie des autres acteurs au début de 2019. A l’heure actuelle, les analystes se demandent avec inquiétude : " Quelle cible Trump poursuivra-t-il quand il en aura terminé avec la Chine ? " La cible, en réalité, est claire : c’est l’Europe, car l’administration Trump a clairement en ligne de mire l’industrie automobile et donc l’Allemagne. Dans le secteur agricole, qui frapperait plus fortement la France, l’utilité et les fruits d’une attaque de la part de l’administration Trump sont moins avantageux. " Les perspectives ne sont pas bonnes pour l’Europe au moment où celle-ci s’occupe beaucoup d’elle-même. S’agissant du conflit commercial mondial, elle n’est pas assise à la table des négociations et en raison du Brexit, elle reporte des réformes et des adaptations pourtant urgentes. " La croissance réaliste prévue pour l’Europe est de l’ordre de 1%, donc plus faible qu’espéré, bien que toujours positive. Il faut s’attendre à ce que les banques centrales de la zone Euro ainsi que la Banque nationale suisse conservent leur politique monétaire expansionniste. Aux Etats-Unis, M. Ferreira escompte des taux directeurs situés entre 2,5 et 2,75% d’ici la fin de l’année. " Globalement, conclut-il, la situation mondiale ne permet guère d’espérer une normalisation des taux, ce qui va encore exiger beaucoup d’endurance de la part des investisseurs. "

Michèle Mottu Stella échange avec les participants sur les taux de conversion et d’autres défis.

Dans la seconde partie de la manifestation, Michèle Mottu Stella, experte en prévoyance et partenaire chez Prevanto, a abordé la manière de gérer le fossé qui se creuse de plus en plus entre la réalité et la législation dans le domaine des taux de conversion. Bien que ce défi soit loin d’être le seul posé à la branche, a-t-elle ajouté, il apparaît à cet égard qu’il devient de plus en plus urgent de trouver des solutions. Le point qui s’avère toujours plus problématique, c’est l’absence de taux de conversion unique valable pour toutes les fondations, puisque les taux varient considérablement entre 4,2 et 7,7%, " de très prudent à excessivement généreux, " a commenté Mme Mottu Stella. L’individualisation des modèles présente ses propres risques, et leur gestion pour les institutions de prévoyance devient de plus en plus un acte d’équilibrisme entre aspects économiques et considérations sociales. " Si l’on veut garantir une rente sans abaisser le taux de conversion, il faut que les taux soient relevés ; or, un tel relèvement n’est précisément pas en vue, " a résumé Mme Mottu Stella. Lors du débat très animé qui a suivi, les participants se sont accordés sur un point : la réforme du deuxième pilier ne s’est que trop fait attendre et il faudrait que les milieux politiques s’y attellent rapidement, au plus tard après les élections de cet automne.

Les présentations peuvent être obtenues à l’adresse anlagestiftung@swisscanto.ch.

Les photos du Lunch Meeting de Lausanne figurent ici.
Les photos du Breakfast Meeting de Berne figurent ici.

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