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Friedrich Merz parle de l’Europe, des réfugiés et de Volkswagen

Notre interview avec Friedrich Merz révèle l’impact du scandale Volkswagen sur le " made in Germany " et ce que notre invité, responsable politique allemand de la CDU, avocat et entrepreneur, pense des systèmes d’alerte précoce dans la crise des réfugiés ainsi que de l’élargissement de l’Union européenne.

Monsieur Merz, vous avez dit dans votre intervention que la grande crise avale la " petite " crise de l’euro. L’Europe est actuellement confrontée à une crise énorme, mais qui se dessinait déjà depuis des années : celle des réfugiés. Pourquoi l’UE n’en a-t-elle pas vu les signes annonciateurs plus tôt ?

De toute évidence, la plupart des Etats membres de l’Union européenne supposaient que l’Italie resterait le seul pays confronté au problème des réfugiés en Méditerranée. Les Européens ont laissé l’Italie se dépêtrer seule avec ce problème pendant des années, et de toute évidence, il n’existe pas de système d’alerte précoce dans l’UE qui ait réussi à attirer l’attention à temps sur la croissance massive des flux de réfugiés. L’Europe est beaucoup trop engluée dans la politique au quotidien, et la crise financière tient les institutions en haleine depuis des années déjà. Tout cela n’est pas une excuse, mais au moins une explication.

Le discours du 4 septembre de la Chancelière Angela Merkel, qui contenait la phrase " Nous y arriverons ", a été largement commenté, a déclenché de nombreuses réactions en Allemagne et a également révélé des zones d’ombre. L’Allemagne, en particulier les nouveaux Länder, a-t-elle peur des étrangers ?

Il est très révélateur de voir que la résistance aux immigrants est la plus forte là où il y en avait le moins jusqu’ici. C’est un phénomène qui n’est pas limité à l’Allemagne de l’Est, mais qui s’y manifeste de façon particulièrement forte. Notre société doit apprendre à vivre avec des origines multiculturelles. Toutefois, à mon avis, cela serait plus facile pour tous si l’on exprimait de temps à autre avec un peu plus de clarté les règles de cette coexistence dans les conditions de notre modèle social. Il faudrait notamment que les frontières, tant les frontières intérieures de l’Europe que, mieux encore, les frontières extérieures, soient à nouveau protégées efficacement au point que l’immigration puisse emprunter uniquement les itinéraires prévus et s’accompagner de l’enregistrement requis. Or, aujourd’hui, certaines parties de la population ont le sentiment que l’immigration est totalement déréglementée et incontrôlée et que l’Etat n’assume plus suffisamment ses fonctions fondamentales.

A votre avis, qu’est-ce qui explique que l’Allemagne soit une destination recherchée par un aussi grand nombre de réfugiés ? 

L’Allemagne est un pays ouvert et prospère, qui a toujours prouvé ces dernières années qu’il était prêt et disposé à accueillir des demandeurs d’asile et des personnes réfugiées pour cause de guerres civiles. Sans doute, l’Allemagne a aussi un système social très attrayant, mais à terme, l’immigration illimitée n’est pas conciliable avec notre modèle de l’Etat social. La politique doit davantage le dire, y compris et surtout dans les pays d’où sont originaires la plupart des réfugiés actuels.

L’élargissement de l’Union européenne trouve-t-il une place dans un tel contexte ?

Un nouvel élargissement de l’Union européenne n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, avant tout élargissement, il faut placer la poursuite de l’approfondissement de l’Union européenne, sinon, l’Europe sous cette forme ne perdurera pas.

La BCE a réagi à la crise de l’euro en baissant les taux et en lançant des programmes d’achat d’emprunts d’Etat. Ces interventions portent leurs fruits pour l’instant : les prévisions économique se sont nettement améliorées ces derniers temps pour l’Espagne, l’Irlande, le Portugal et l’Italie. Quelles sont d’après vous les perspectives de l’euro ?

Les effets positifs dans les pays que vous avez cités sont effectivement impressionnants, mais ils ne sont pas exclusivement dus à la politique de la BCE. Ce qui est au moins aussi décisif, ce sont les réformes des marchés du travail et des systèmes sociaux, sans lesquelles une industrie compétitive n’a aucun avenir dans tous les pays d’Europe. L’euro prive les Etats membres de la possibilité de se procurer des avantages compétitifs unilatéraux en dévaluant. Si l’on veut que les choses restent ainsi, les efforts pour préserver la compétitivité des économies publiques européennes sont donc une tâche permanente dans chaque pays. La capacité de déclencher ce processus de manière durable déterminera l’avenir de l’euro.

Dans votre exposé, vous avez constaté que la boîte à outils de la politique financière atteint ses limites. Quels sont les instruments que l’on peut encore mettre en œuvre ?

Dans mon intervention, j’ai signalé que la politique financière était arrivée plus ou moins au bout de ses possibilités. Ce sont maintenant la politique économique et la compétitivité de l’industrie européenne qui doivent intervenir. Ce processus est une tâche incombant aux Etats membres, mais qui doit aussi être coordonnée et promue à Bruxelles par les institutions européennes. A terme, nous avons besoin d’une politique économique cohérente et sans contradictions internes dans la zone euro. Cela fait partie d’une union politique sans laquelle une union monétaire ne peut pas avoir de succès à longue échéance.

La réussite de l’Allemagne tient aussi au fait que c’est un pays où l’industrie est extrêmement solide. Que signifie pour ce pays industrialisé un scandale tel que celui de la manipulation des gaz d’échappement par Volkswagen ?

Ces incidents extrêmement regrettables dans la plus grande entreprise automobile du monde sont très préjudiciables non seulement à l’industrie automobile allemande, mais au pôle économique allemand dans son ensemble. Le " made in Germany " est discrédité. Seuls le traitement rapide du scandale, une transparence totale et une réorganisation des règles applicables aux tests des gaz d’échappement pour tous les véhicules peuvent rétablir la confiance des consommateurs et du public.

L’Europe est-elle en train de se fragmenter en solutions trop disparates pour pouvoir appliquer des référentiels efficaces couvrant l’ensemble de ses pays ? 

L’Union européenne en tant que rassemblement d’Etats membres souverains ne peut et ne doit assumer que les tâches que les Etats membres ne peuvent pas mener à bien par eux-mêmes. L’Europe doit toujours être plus que la somme de ses parties. C’est pourquoi il serait déjà très utile que la Commission européenne indique un jour clairement quelles compétences elle n’a pas l’intention de solliciter et qui seraient mieux assumées par les Etats membres. A l’inverse, la prise en charge de compétences en politique étrangère et de sécurité européenne, en politique économique et financière, en politique de l’environnement et de l’énergie, pour ne citer que ces domaines essentiels, deviendrait d’autant plus crédible pour l’Europe. Cette crédibilité, à son tour, est une condition préalable pour que les citoyennes et les citoyens européens fassent confiance aux institutions européennes et leur donnent leur légitimité politique.

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