Elections aux Etats-Unis : qu’attendre de la nouvelle administration ?

Une élection sur le fil du rasoir

Après une course très serrée et des retards prévisibles dans le dépouillement, les Etats-Unis ont élu le 3 novembre 2020 Joe Biden à la Présidence des Etats-Unis. Ce qui a fait pencher la balance, c’est la reconquête par Biden des trois Etats de l’industrie lourde du nord des Etats-Unis (Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) que Trump avait décrochés en 2016.

Elections présidentielles de 2020 : Joe Biden / Donald Trump, vainqueur dans les Etats fédéraux 

Avec plus de 80 millions de voix, Biden a clairement remporté la majorité des voix du peuple et a même battu le record de Barack Obama en 2008. Toutefois, les Démocrates n’ont pas remporté la victoire écrasante que des sondages prometteurs leur laissaient espérer. Leur désillusion s’est doublée de leur échec à obtenir la majorité au Sénat. Comme attendu, Donald Trump a annoncé qu’il combattrait par la voie judiciaire sa défaite annoncée ; vu la netteté du résultat, ses tergiversations juridiques n’ont cependant que peu de chances d’influencer encore les élections de manière décisive. Néanmoins, il devrait encore jouer les fauteurs de trouble pendant quelques semaines.

Deuxième chance de majorité au Sénat

Dans l’état actuel des dépouillements, les Républicains obtiennent 50 sièges au Sénat, contre 48 aux Démocrates. Les deux sièges restants seront attribués lors d’un deuxième tour de scrutin le 5 janvier 2021. Si les Démocrates remportaient ces deux sièges à cette occasion, ils pourraient faire égalité avec les Républicains et auraient ainsi de facto la majorité car, en cas d’égalité, la future Vice-présidente Kamala Harris aurait voix prépondérante. Toutefois, nous estimons peu probable que les Démocrates gagnent ces deux sièges lors de l’élection complémentaire. Les rapports de force au Congrès des Etats-Unis sont donc importants, parce qu’ils déterminent l’efficacité du nouveau cabinet démocrate.

Politique à escompter de la part du Président Biden

Après quatre années de présidence Trump, les électeurs américains ont choisi un changement de cap politique radical. Mais quelle est concrètement l’orientation politique du nouveau Président Biden ?

  • Priorité à la lutte contre la pandémie : Biden va se lancer de manière nettement plus décidée dans la lutte contre le coronavirus sans reculer devant des mesures radicales. En contrepartie, les secteurs et personnes concernés devraient escompter un plus large soutien public.
  • Hausses d’impôts et accroissement de la réglementation : le programme des Démocrates contient une mise en œuvre de plans d’augmentation des impôts et de dépenses ainsi qu’une gestion plus rigoureuse des questions liées à la réglementation. Il sera cependant difficile d’atteindre ces objectifs si la majorité au Sénat est républicaine.
  • Politique extérieure moins marquée par la confrontation : il y a lieu de s’attendre à ce que Biden se montre plus modéré en politique extérieure. En tant que puissance mondiale, les Etats-Unis devraient réintégrer des institutions internationales telles que l’accord de Paris sur le climat. Toutefois, Biden conservera une attitude critique envers la Chine, bien qu’en donnant un tour moins hostile au dialogue.

Si les Démocrates ne réussissent pas à obtenir la majorité au Sénat, de nombreux objectifs politiques de la nouvelle administration devraient rapidement échouer, ou tout du moins être sensiblement dilués.

Les marchés financiers se réjouissent des rapports de force partagés

Pour les marchés financiers, l’absence de vague bleue est une bonne nouvelle, car elle va imposer des compromis en politique économique ainsi que dans d’autres domaines politiques centraux. L’histoire montre que ce n’est pas nécessairement mauvais. Dans l’immédiat, la réduction de l’ampleur du stimulus fiscal attendu va peser. Mais à moyen terme, la politique monétaire aura davantage d’importance, et on sait qu’elle restera assez longtemps ultra-expansionniste. La pandémie de coronavirus continuera à représenter un risque considérable ; sous le Président Biden, des mesures d’endiguement plus efficaces sont probables, ce qui présente un risque pour les marchés financiers. La disponibilité prochaine d’un vaccin contre la COVID-19 est plus prometteuse. Bien que l’espoir d’un déploiement rapide du vaccin soit plus justifié que jamais, les dégâts économiques ainsi que les dettes accumulées ne pourront pas être annulés d’un trait de plume.

Endettement public en % du PIB

D’un point de vue économique, il est donc intéressant de savoir non seulement quand le vaccin permettra une mobilité normale, mais aussi quelles modifications structurelles la pandémie a entraînées ou accélérées. L’industrie pharmaceutique répondra prochainement à la question de la disponibilité. Il est encore trop tôt pour une évaluation définitive en ce qui concerne les changements structurels. En revanche, il est d’ores et déjà établi que chaque crise est suivie d’un redémarrage accompagné d’adaptations de nature politique, économique et sociale.

Manuel Ferreira, économiste en chef et stratège en chef de la Zürcher Kantonalbank

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